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Les petits cailloux de Dominique Strauss-Kahn

Slate.fr, mis à jour le 28.10.2011 à 15 h 18

Une petite partie de la France a occupé sa fin de week-end à son nouveau sport favori: la strausskahnologie. Décrypter les propos tenus par le directeur général du FMI au 20 heures de France 2, dimanche soir, et ceux à venir au panel de lecteurs du Parisien/Aujourd'hui en France, lundi matin, en y cherchant des petits cailloux concernant sa possible candidature à l'investiture socialiste pour 2012.

Interviewé par Laurent Delahousse, DSK, venu à Paris à l'occasion du sommet du G20, s'est montré prudent sur les questions de politique intérieure française. Questionné sur les propos de son épouse, Anne Sinclair, qui a récemment affirmé qu'elle ne le souhaitait pas voir faire un second mandat au FMI, il s'est contenté d'affirmer: «Ce débat politique français m'est interdit donc je n'y rentre pas. [...] C'est au FMI que je travaille». En revanche, il a fait part de ses regrets concernant la non-candidature de Jacques Delors en 1995: auréolé lui aussi d'une expérience internationale (la présidence de la Commission européenne), le dirigeant socialiste était également donné favori des sondages d'opinion.

Il a également réagi aux récents propos polémiques de Christian Jacob:

«Ce qui m'indigne, c'est qu'il y a mieux à faire pour les responsables politiques que de la polémique. Leur temps, ils doivent le consacrer à résoudre les problèmes des gens.»

«Un peu le blues du pays»

En ce qui concerne l'entretien au Parisien, le quotidien a publié un très court article sur son site vendredi soir pour expliquer que le directeur général du FMI a rencontré six de ses lecteurs dans l'après-midi à son siège de Saint-Ouen: «Un entretien de deux heures au cours duquel le patron du FMI a été interviewé sur tous les sujets». Et dont a déjà filtré, dans une dépêche de l'AFP, une phrase soigneusement pesée: «La France me manque comme à n'importe quel expatrié». Une phrase reprise dans une vidéo mise en ligne dimanche sur le site du journal: «Je pense que tout individu qui travaille à l'étranger par moment a un peu le blues du pays.»

Autre possible élément symbolique déjà connu, grâce au blog de Matthieu Turel, documentaliste au quotidien francilien: DSK est arrivé au journal en Peugeot 607, voiture d'un des deux grands constructeurs français «dont la production a cessé l'année dernière». Rue89, de son côté, explique que cet exercice d'interview par les lecteurs, soigneusement «calculé» et préparé, laisse «peu de place [...] pour l'improvisation et les débordements».

DSK a également accordé une interview à la chaîne CNN International, qui sera diffusée dimanche soir et dont le JDD livre des éléments: «Probablement que lorsque vous êtes loin, les gens vous voient comme le Père Noël, mais je ne suis pas le Père Noël».

«Convaincre qu'il est bien de gauche»

Sur son blog, Ghislaine Ottenheimer, rédactrice en chef de Challenges, décrypte la stratégie médiatique du candidat putatif: «convaincre qu'il est bien de gauche et que l'action qu'il a menée au FMI, la façon dont il l'a réformé en sont une illustration». Preuve en est selon elle le choix de ses interlocuteurs: «le 20h de France 2, chaîne de service public dont l'audience est plus à gauche que celle de TF1, et le Parisien, journal populaire, à travers un dialogue avec des lecteurs. Alors qu'on aurait pu imaginer une discussion plus technique, plus élitiste, avec les Echos ou Le Monde sur les DTS [droits de tirages spéciaux, ndlr], les taux de change, les prix des matières premières».

Cette stratégie médiatique passe aussi par la sortie, au Seuil, d'un livre auquel DSK a prêté son concours, DSK au FMI, enquête sur une renaissance, de Stéphanie Antoine. Un ouvrage très positif, Le Monde estimant que, à sa lecture, «on mesure la marque que DSK a imprimée au Fonds et pourquoi il parle de "nouveau FMI"». Le son de cloche est plus acide du côté de Mediapart qui, sous le titre «Comment DSK a sauvé le monde» (article payant), décortique «un récit de super-héros», une «hagiographie» dont l'auteur «témoigne d'un enthousiasme à toute épreuve» tout en taisant «les questions les plus sensibles».

A côté de cette ouvrage, l'approche du sommet du G20 a aussi été marquée par une publication moins médiatisée, celle, par le think tank de gauche Terra Nova, d'une note sur la présidence française qui explique, comme le rapportent Les Echos, que «l'agenda défini par la présidence française est une "source de très forts clivages"». Une manière de «soutenir le directeur général du FMI en "taclant" habilement la présidence française du G20?». 

Photo: Dominique Strauss-Kahn lors de sa table ronde face aux lecteurs du Parisien

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