Monde

L'Irakien dont le mensonge a déclenché la guerre en Irak

Temps de lecture : 2 min

Dans une interview exclusive au Guardian, Rafid Ahmed Alwan al-Janabi, un ancien ingénieur en chimie basé à Bagdad, confie au quotidien britannique qu’il a menti aux agents du renseignement allemands sur le programme d’armes biologiques de Saddam Hussein, et raconte sa surprise quand ses fausses informations ont été utilisées par les Etats-Unis comme justification pour partir en guerre. Il confie:

«J’avais un problème avec le régime de Saddam. Je voulais qu’on s’en débarrasse et j’avais soudain cette opportunité.»

Après avoir déserté l’Irak en 1995, al-Jabani a rencontré les services secrets allemands en 2000, et leur a fourni des détails sur des camions mobiles contenant des armes biologiques. Plus précisément, il affirme que les agents du renseignement allemands lui ont donné des indications sur le type de réponse qu’ils attendaient:

«Ils me posaient des questions sur des pompes de filtrage, comment faire du détergent après la réaction. N’importe quel ingénieur qui a étudié ce domaine peut expliquer ou répondre à toutes les questions qu’ils posaient.»

Les renseignements allemands ont découvert la même année qu’Al-Jabani, ou «Curveball» comme ils le surnommaient, avait menti sur l’existence des camions et sur un accident avec des armes biologiques qui aurait fait 12 morts mais l’ont quand même recontacté en 2002 quand les Etats-Unis préparaient leur argumentaire pour partir en guerre. Les informations données par al-Jabani ont notamment été utilisées dans le fameux discours de Colin Powell devant les Nations unies en février 2003. Le secrétaire d’Etat américain y avait présenté des «preuves» de l’existence d’armes de destruction massive pour justifier l’invasion de l’Irak. Il parle d’un «ingénieur chimiste irakien» qui était «présent pendant la production d’armes biologiques» et quand «un accident a tué 12 techniciens, morts de l’exposition à des agents biologiques, en 1998».

Powel a reconnu par la suite la manque de fiabilité des preuves que la CIA avait fournies. Dans une interview à ABC News en 2005, il déclara:

«Il y avait certaines personnes dans le milieu du renseignement qui savaient que certaines sources n’étaient pas fiables, et qu’on ne pouvait s’appuyer sur elles, mais ils n’ont rien dit. Cela m’a anéanti.»

Aujourd'hui, Curveball vit à Karlsruhe, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Avec le recul, il analyse son expérience:

«Peut-être que j’avais raison, peut-être que je n’avais pas raison. Ils m’ont donné cette opportunité. J’ai eu l’occasion d’inventer quelque chose de toutes pièces pour renverser le régime.»

Photo: Un soldat américain range des munitions de tank à Tikrit en septembre 2003, REUTERS/Arko Datta

Slate.fr

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