Monde

Stasi: la traque continue en Allemagne

Slate.fr, mis à jour le 15.02.2011 à 14 h 49

Le travail de mémoire finira-t-il un jour en Allemagne? Une étape symbolique, qui devait s’achever en 2011, va peut-être finalement être repoussée. Afin de distinguer les anciens membres de la Stasi (le ministère de la Sécurité de l'Etat de l'Allemagne de l'Est) au sein des métiers de la fonction publique en Allemagne, des «vérifications de règle» avaient lieu depuis 1991, et devaient s’arrêter 20 ans plus tard, c’est-à-dire cette année. Mais, rapportait le Welt il y a peu, un nouveau projet de loi entend continuer à sonder les employés de la fonction publique jusqu’en 2019.

Petit retour en arrière. Le 20 décembre 1991, au lendemain de la réunification, le Parlement allemand votait la Stasi-Unterlagen-Gesetz, la loi sur les documents de la Stasi, qui régule l’utilisation de tous les dossiers de l'organisme de renseignement. En 2008, le site Euro Topics avait publié en français l’analyse d’un journaliste du Tagesspiegel. La réflexion débutait par une exposition du contenu de la Stasi-Unterlagen-Gesetz :

«La loi prévoit d'une part la création d'une administration autonome devant gérer, rendre accessibles et analyser les documents de la Stasi. (…) De plus, la loi stipule que toute personne concernée sur laquelle la Stasi avait recueilli des informations peut consulter «son» dossier à l'Administration des documents de la Stasi à Berlin et dans ses 14 antennes extérieures. L'administration met également des documents à la disposition des journalistes et des scientifiques - depuis 1991, 20 000 demandes de ce genre ont été déposées. Et enfin, la loi fixe que l'administration doit examiner les cas d'ancienne collaboration avec la Stasi dans le personnel du service public. Ce qui a eu lieu ces dix-sept dernières années dans presque 1,8 millions de cas.»

En 2009,  le Financial Times Deutschland avait révélé que 17.000 anciens collaborateurs de la Stasi travaillaient encore dans la fonction publique allemande. Des chiffres qui avaient jeté un certain froid dans l’opinion. Un possible renouvellement de la loi prévoit donc de prolonger le «Stasi-Check» auprès de nombreux fonctionnaires allemands. Le Sächsische Zeitung précise en citant les propos de Bernd Neumann, ministre de la Culture:

«Cela concernera les fonctionnaires et les employés à partir de l’échelon salarial A 13, à commencer par les directeurs d’école. Seront aussi interrogés les collaborateurs d’entreprises détenues à plus de 50% par l’Etat ou la commune. Idem pour la Deutsche Bahn (société de chemin de fer allemande), les membres du gouvernement, les députés, mais aussi les candidats à des postes d’élus: la nouvelle loi prévoit de continuer d’examiner leur passé.»

Pour le ministre, poursuit le quotidien, cette nouveauté «renforce la réflexion critique sur la dictature est-allemande. Tant chez les citoyens que chez les journalistes ou les chercheurs, le besoin de jeter un œil dans les dossiers de la Stasi est resté aussi prégnant qu’il y a 20 ans. L’an passé, l’institution chargée de la gestion des archives de la Stasi a enregistré 90000 demandes de consultation.»

Le parti de gauche Die Linke concentre les soupçons de collaboration à la Stasi dans le passé. Sur le site du Bundestag, qui recense les réactions des différents partis allemands sur ce nouveau projet de loi, on apprend que Lukrezia Jochimsen, membre de Die Linke, considère tout cela comme une stratégie politique de mise à l’écart de son parti:

«C’est un débat entre fantômes, et il s’agit d’autre chose. (…) D’ailleurs, même en cas de viol, il y a prescription au bout de 10 ans».

Mais que risque un fonctionnaire dont on découvre un passé d’ancien collaborateur de la Stasi? Christian Wenkel, membre de l’Institut allemand d’histoire à Paris, répond ainsi à la question des éventuelles sanctions:

«Il n'y a pas de procédure homogène. Il y a eu bien sur des licenciements et des élus se sont vus dans l'obligation de démissionner. Mais cela s'est fait au cas par cas.»

Photo: Joachim Fritsch consulte son dossier de la Stasi à Berlin, octobre 2009, REUTERS/Thomas Peter 

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