France

Les fondations Hulot et Arthus-Bertrand et les risques de conflits d'intérêts

Slate.fr, mis à jour le 12.02.2011 à 22 h 58

Les fondations de Nicolas Hulot (financée par EDF et L'Oréal) et de Yann Arthus-Bertrand (et son soutien personnel à la candidature du Qatar pour le Mondial 2022) sont «montrées du doigt» par un rapport de l'assemblée nationale, relève le site Novethic.

Deux députés, Geneviève Gaillard (députée PS des Deux-Sèvres) et Jean-Marie Sermier (député UMP du Jura) ont déposé un rapport d'information sur les modes de financement et de gouvernance des associations de protection de la nature et de l’environnement le 2 février 2011. Rapport instructif consultable sur le site de l'assemblée nationale.

Les deux élus ont étudié tant les associations (à qui ils décernent globalement un satisfecit) et les fondations. Le cas de ces dernières s'avère plus problématique.

Les rapporteurs soulignent:

1. un fonctionnement qui reprend les habitudes du monde des affaires:

Le conseil d'administration des fondations est constitué pour un tiers de fondateurs, un tiers de membres du gouvernement et un tiers de personnalités qualifiées choisies par les fondateurs (par exemple, Alain Juppé siège comme personnalité qualifiée au conseil d'administration de Goodplanet, ce dont le rapport s'étonne).

«Les personnalités qualifiées peuvent avoir leur importance, mais vos rapporteurs constatent une similitude entre structures associatives et monde des affaires: des participations croisées au sein des conseils d’administration qui affaiblissent la gouvernance et les capacités de contrôle des instances. Cette pratique n’est évidemment pas illégale, mais elle jette la suspicion sur la bonne gestion des organisations. Ainsi, la fondation Goodplanet présidée par Yann Arthus-Bertrand accueille dans son conseil d’administration Serge Orru, le directeur général du WWF France. Yann Arthus-Bertrand est aussi administrateur des Amis du WWF, l’association qui fédère les sympathisants de la fondation WWF France et qui gère ses contentieux. Le contrôle réciproque n’a pas que des vertus.»

2. les risques de conflit d'intérêt

Jean-Marie Sermier explique:

«Nous avons mis le doigt sur des situations assez étonnantes. Ainsi, nous avons rencontré une fondation de protection de l’environnement –celle de Nicolas Hulot– dont EDF et L’Oréal sont des administrateurs et des financeurs importants [l'un d'eux finance la fondation à hauteur de 10% selon le rapport]. Peut-on, dans ces conditions, tenir un discours neutre sur les choix énergétiques et sur les pratiques de vivisection dans l’industrie des cosmétiques? Nous avons appris que Yann Arthus-Bertrand, président de la fondation Goodplanet, soutient l’organisation de la coupe du monde de football de 2022 au Qatar, gâchis énergétique plusieurs fois évoqué en ces lieux. Le Qatar a par ailleurs financé la traduction en arabe de son film Home. Est-ce une bonne politique?»

Il poursuit:

«Aujourd’hui, on peut affirmer que les associations sont bien indépendantes. Mais on sait aussi que certaines limites floues sont faciles à franchir. J’ai cité (...) l’exemple précis d’une fondation dont le président s’exprime en faveur d’un pays alors que ce pays agit au profit dudit président. Toutefois, nos travaux n’ont pas permis de déceler des cas de dépendance flagrante.»

Dans la discussion avec les députés qui suit la remise du rapport, la question de la candidature de Nicolas Hulot est posée par Yanick Paternotte, député UMP du Val d'Oise:

«La presse s’est fait l’écho d’associations qui débouchent sur des candidatures électorales en contradiction avec la législation en vigueur sur le financement des campagnes. C’est une manière de communiquer qui a été employée avec succès lors des dernières élections européennes et régionales. Je m’interroge sur la légitimité d’une éventuelle incompatibilité entre candidature politique et présidence – ou direction générale – d’une grande organisation environnementale.»

Un argument balayé par Jean-Pierre Giran, député UMP du Var:

«De quel droit interdirait-on à M. Hulot de présenter sa candidature à l’élection présidentielle au motif qu’il anime une fondation environnementale? Il appartient simplement aux Français de juger de son indépendance vis-à-vis d’intérêts extérieurs.»

Photo: Nicolas Hulot en 2008 / Olivier « toutoune25 » Tétard via Wikimedia Commons License CC by

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