Culture

Les drôles de rouages financiers du musée Chaplin

Temps de lecture : 2 min

Un musée «toujours virtuel», «sans collections» et surtout aux financements incertains voire troubles: Le Monde consacre une enquête aux déboires du projet de musée consacré à Charlie Chaplin dans le manoir de Ban à Vevey (Suisse), où il est mort le 25 décembre 1977.

Un projet «dans la dernière ligne droite», selon ses promoteurs, et dont le coût est passé de 25 millions de francs suisses (19 millions d’euros) en 2002 à 60 millions de francs suisses (45,6 millions d’euros) aujourd’hui. Il y a trois ans, le manoir a été racheté pour 7,3 millions à la fondation Chaplin par les milliardaires luxembourgeois Gérard Lopez et Eric Lux, dirigeants de la société d'investissement Genii Capital, et qui possèdent depuis peu l'écurie de formule 1 Renault.

Une vente qui a provoqué la démission de la trésorière, Laurence Dellenbach, qui explique au Monde que le manoir «a été bradé sans condition, racheté par des fonds privés étrangers dont on ne pourra jamais vérifier la provenance». Un proche du dossier a également fait part de ses craintes au quotidien:

«Je crains que cela ne débouche que sur une très belle opération immobilière. Les Chaplin auront alors tout perdu.»

Le Monde s’intéresse notamment au financement du musée en lui-même, au-delà de la propriété des murs. L’implication de Genii Capital reste «floue», mais le quotidien révèle des «rencontres» autour de «projets d’investissement» entre Gérard Lopez et Ilias Traber, un homme d’affaires gréco-russe qui a amené à l’écurie Renault le pilote russe Vitaly Petrov, entretient des liens avec des proches de Vladimir Poutine, est interdit de séjour à Monaco pour ses relations présumées avec le crime organisé en Russie et objet d’une enquête en Suisse.

«Montage très complexe»

«Coïncidence ou pas», il «vit depuis 2006 dans une somptueuse propriété à La Tour-de-Peilz, entre Montreux et Vevey», pointe Le Monde, qui révèle que Ilias Traber a rencontré dans le passé l’architecte suisse Philippe Meylan, qui travaille sur le musée Chaplin. Ce dernier ainsi que Gérard Lopez ont nié toute implication de l’homme d’affaires dans le projet.

La TSR a consacré une enquête au musée et le journal 24 heures a interrogé Michael Chaplin, fils du cinéaste, sur le financement du projet:

«C’est un montage très complexe sur lequel je ne peux pas totalement m’exprimer. Mais sachez que des sociétés et diverses banques sont intéressées. Il est également question d’un emprunt.»

Questionné sur une possible implication d’Ilias Traber, il répond:

«J’en ai encore parlé au téléphone avec Philippe Meylan mercredi soir. Il m’a assuré que ce monsieur n’était en rien concerné par notre projet. Et que, de surcroît, son nom n’avait jamais été évoqué.»

Photo: Charlie Chaplin dans Les Temps modernes, en 1936 (DR).

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