Monde

Egypte: le mouvement ne s'essoufle pas

Grégoire Fleurot, mis à jour le 09.02.2011 à 17 h 54

Au lendemain d’une des plus grosses manifestations depuis le début du mouvement pour demander le départ de Moubarak, la place Tahrir reste bien remplie mercredi 9 février, même si aucun appel à manifester n’a circulé pour cette journée.

Alors que Moubarak refuse toujours de partir avant les élections de septembre prochain, le gouvernement essaye de se présenter comme un rempart contre l’islamisme et a appelé à un retour à la normale pour le bien de l’économie, comme le rapporte Reuters. Dans une interview au Guardian, un des dirigeants des Frères musulmans donne un ultimatum à Moubarak:

«Ils ont besoin de temps. Nous leur donnons cette chance. Une semaine.»

Diplomatie américaine

La Maison Blanche se retient d’appeler à la démission immédiate de Moubarak et se joint aux modérés qui demandent une transition plus progressive vers la démocratie, ce qu’un responsable américain appelle une réforme «sur le moyen terme». Les membres de l’administration Obama s’inquiètent que les partis d’opposition auraient trop peu de temps pour se préparer si Moubarak devait partir bientôt (selon la constitution égyptienne, son départ déclencherait de nouvelles élections dans les 60 jours). Selon le LA Times, ils ne sont pas totalement convaincus de la fiabilité de modérés comme le vice-président Omar Souleimane.

Réformes constitutionnelles

Moubarak a établi mardi 8 février deux comités pour implémenter et suivre les réformes constitutionnelles. L’un va étudier les règles d’éligibilité à la présidence et les limites de mandat, et l’autre servira d’organisme de surveillance, écrit l’Associated Press.

La journée de mardi

Mardi 8 février, des centaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées sur la place Tahrir au Caire. Il s’agissait de la plus grosse manifestation depuis que le mouvement de protestation a débuté il y a maintenant plus de deux semaines, selon la BBC, qui écrit:

«Le message aux autorités est simple, il y a un soutien énorme de toutes les parties de la société égyptienne pour les manifestations, et les concessions du gouvernement ne sont pas suffisantes.»

Les manifestant rejettent notamment la transition graduelle vers la démocratie qui a été annoncée par le président Moubarak, et veulent qu’il quitte le pouvoir immédiatement.

Wael Ghonim

Un des moments marquants de cette journée de mobilisation a été l’apparition du cadre de Google et cyber activiste Wael Ghonim, qui a été relâché lundi 7 février après presque deux semaines de détention. Ghonim, qui avait créé une page Facebook qui a catalysé les opposants, est considéré par certains comme une sorte de «figure de proue» du mouvement, qui «se cherche un leader». Ghonim a réfuté l’idée selon laquelle il serait un héros, mais il a bel et bien reçu un accueil digne de ce statut sur la place Tahrir, où il a vilipendé le gouvernement et déclaré à la foule «vous êtes les héros»:

«Je ne me sens pas coupable pour les martyrs qui sont morts. Je ne me sens pas coupable pour les policiers qui sont morts. Ceux qui devraient se sentir coupables sont ceux qui pillent ce pays.» 

Photo: une manifestante place Tahrir, avec deux enfants, le 4 février 2011. REUTERS

Grégoire Fleurot
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