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Derrière le mythe Ronald Reagan

Slate.fr, mis à jour le 05.02.2011 à 15 h 41

Ronald Reagan /Mal Langsdon Reuters

Ronald Reagan /Mal Langsdon Reuters

Ronald Reagan aurait eu 100 ans dimanche 6 février 2011. Le 40ème président des Etats-Unis, est mort en juin 2004, bénéficie dans son pays d'une image exceptionnelle de celui qui a gagné la guerre froide et a redonné foi dans l'avenir aux Américains.

La réalité est évidemment plus nuancée et montre que si Ronald Reagan a eu de la chance et n'était ni un grand politique, ni un grand intellectuel, il avait bien compris les ressorts de la psychologie humaine. C'est pour cela qu'il est aujourd'hui encore la personnalité politique préférée des Américains.

Le magazine américain National Review republie à l'occasion du centenaire de la naissance de Ronald Reagan un article de 2004 écrit peu après sa mort et intitulé The Psychological Effect (L'effet psychologique). Il a été rédigé par un chroniqueur conservateur Victor Davis Hanson. Ce dernier reconnaît que Ronald Reagan n'était pas vraiment un idéologue et au grand dam de nombreux Républicains a augmenté les impôts, énormément creusé les déficits publics notamment en faisant exploser le budget de la défense, signé la loi autorisant l'avortement quand il gouvernait la Californie et n'était pas vraiment un guerrier de la guerre froide comme Eisenhower ou Truman en dépit de son discours célèbre comparant l'URSS à «l'empire du mal».

Le scandale du trafic d'armement Iran-Contra et le piteux retrait du Liban des troupes américaines n'étaient pas des heures de gloire de la présidence Reagan tout comme les penchants de Nancy Reagan pour l'astrologie et les trous de mémoire présidentiels sur des épisodes peu reluisants du passé.

Alors il reste bien sûr, l'effondrement de l'URSS liée en partie à son incapacité à suivre les dépenses militaires américaines et le projet de guerre des étoiles de l'administration Reagan. Ronald Reagan aurait vaincu presque à lui tout seul l'empire soviétique. Une thèse qui est aujourd'hui assez contestée par de nombreux experts et historiens.

Ce qui l'est moins est ce que Reagan a apporté aux Américains quand au début des années 1980, ils doutaient de leur destin. Il leur a apporté ce retour de la foi dans le bon sens et les discours directs, la démonstration qu'une simplicité un peu naïve dans la façon d'aborder les problèmes permet de les régler plus efficacement que multiplier les arguments brillants pour ne pas agir. Et les Américains aiment cela, le héros hollywoodien simple et sincère (comme l'acteur Ronald Reagan) qui triomphe à la fin et part dans le soleil couchant.

La force de Ronald Reagan tenait dans sa capacité à ramener les problèmes compliqués à des formules simples présentant souvent «une alternative entre les principes et la facilité… Cela a eu le don de lui mettre à dos les élites, non pas parce qu'il avait forcément tort, mais au contraire parce qu'il avait souvent raison et mettait à mal les raisonnements des experts politiques».

Il suffit de se souvenir des débats politiques menés par Ronald Reagan contre des adversaires nettement plus expérimentés et instruits que lui contre lesquels on ne lui donnait aucune chance... Il ridiculisa Jimmy Carter.

Il n'hésita pas une seconde à apporter un soutien bruyant aux dissidents soviétiques et notamment à Alexandre Soljenitsyne. Il dénonça, à une époque ou personne ne l'osait (sauf de Gaulle), l'impuissance et les dysfonctionnements de l'ONU.

La présidence Reagan a marqué un tournant de l'histoire des Etats-Unis et c'est pourquoi de nombreux médias américains esquissent une comparaison qui peut sembler saugrenue entre lui et Barack Obama. Le quotidien USA Today pointe malgré leurs considérables différences idéologiques et même d'âge, ce qu'ils ont en commun: l'optimisme, la capacité à diriger, à mobiliser et cette relation directe et instinctive avec le peuple américain.

Photo: Ronald Reagan /Mal Langsdon Reuters

 

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