Life

Doit-on se sentir coupable d'avoir un iPhone?

Slate.fr, mis à jour le 03.02.2011 à 13 h 33

«Une plongée dans l'histoire épique d'un véritable Willy Wonka dont les obsessions personnelles influencent profondément notre vie quotidienne –et qui se poursuit jusqu'en Chine où des millions suent dans des usines pour fabriquer des iPod et des iPhone.»

C'est le descriptif de The Agony and the Ecstasy of Steve Jobs, la pièce de théâtre qui se joue depuis dimanche 23 janvier au Berkeley Repertory's Thrust Stage, en Californie. Après s'en être pris à Wal-Mart, Bill Gates, ou encore L. Ron Hubbard, Mike Daisey, acteur américain connu pour ses monologues, s'attaque à Steve Jobs, lit-on sur macgeneration.

L'acteur se penche sur la santé morale d'«une société accro aux produits de la société de Steve Jobs. Ainsi que de la santé physique de ceux qui les produisent», explique le San Francisco Gate.

On sait désormais que sans ouvriers chinois, Apple aurait été incapable de sortir l'iPad et l'iPhone. L'industrie informatique fonctionne uniquement grâce à des gens qui acceptent de passer 12h par jour à assembler des gadgets pour 245 euros par mois –c'est-à-dire moins que le prix de vente de la plupart de ces produits, racontait Farhad Manjoo sur Slate. Les fans d'Apple doivent-ils se sentir responsables des morts dans les usines chinoises? se demandait alors le chroniqueur high-tech.

Le monologue de Daisey remet la question à l'ordre du jour, mais ses revendications ne suscitent pas l'unanimité. Dans Our Great Sin (notre grand péché), article paru sur Tech Crunch, le journaliste Devin Coldewey réagit à une interview où Mike Daisey parle des conditions de fabrication des produits Apple en Chine. «En fait, ce n'est pas que je suis en désaccord avec Daisey, pas vraiment, explique le journaliste. C'est qu'il ne va pas assez loin, et, ce faisant, évite de provoquer toute réaction, et se limite à être concerné par le problème Or pour le journaliste le problème, le grand péché, n'est pas celui d'Apple, ou d'une de ces grandes entreprises internationales qui travaillent avec Foxconn ou ce genre d'usines. Ce n'est pas Foxconn qui pèche non plus. «Le péché, est clairement, inéluctablement, le nôtre.»

Le problème est simple: un iPhone éthique serait trop cher. Nous voulons tous un monde meilleur, mais ne sommes pas prêts à payer pour. Afin d'expliquer notre rapport à l'iPhone, Coldewey schématise l'action humaine face au constat de sa propre immoralité. Il y a trois voies possibles:

  • la revendication du statut moral entraîne un changement dans nos actions
  • la revendication du statut moral nous conduit à justifier nos actions
  • pas revendication de statut moral, et poursuite de nos actions

Rares sont les personnes qui empruntent la première voie, la deuxième étant majoritairement choisie. Quant à Coldeway, il revendique, non sans provocation, avoir préféré la dernière option.

«Je ne suis pas assez fort pour vivre sans la technologie avec laquelle j'ai grandi. Je suis fier de l'admettre. C'est seulement après avoir accepté les failles dans notre propre morale qu'on peut examiner les autres avec lucidité. Je connais le bon chemin, et ai choisi de ne pas l'emprunter. Combien de nous peuvent affirmer réagir autrement?»

Photo: Steve Jobs shows off the white iPhone 4 at the 2010 Worldwide Developers Conference, Matt Yohe, wikimedia.

En fait, ce n'est pas que je suis en désaccord avec l'homme, exactement. C'est qu'il ne va pas assez loin, et, ce faisant, évite commodément nécessitant lui-même ou quelqu'un d'autre de faire quelque chose, mais être concernés
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