Monde

La Chine veut punir les enfants qui négligent leurs parents

Slate.fr, mis à jour le 31.01.2011 à 19 h 08

Un ministre chinois vient de proposer une loi qui obligerait les rejetons (une fois adulte) à fréquenter leurs parents de manière régulière, rapporte le New York Time. Cet amendement vise surtout à endiguer les vagues de dépression qui touche la catégorie des seniors de l'Empire du Milieu, tout en rapprochant les familles comme la tradition ancestrale le voudrait.

Les enfants qui galvauderaient cet héritage en ne respectant pas la future législation pourraient être condamnés, à condition que les parents décident de les attaquer devant les tribunaux.

Le gouvernement défend cette vision de la justice. Alors que le Nouvel an chinois arrive et que les familles doivent se réunir sous le même toit, cette proposition vient du ministère des Affaires Civiles, inquiet face aux récentes études sur le «troisième âge». L'amendement concerne une loi datant de 1996 sur les droits des personnes âgées. Il pourrait être considéré par le Congrès National du Peuple —qui détient le pouvoir législatif— lors de sa session annuelle en mars 2011.

Des spécialistes espèrent que la proposition sera adoptée. C'est le cas de Ninie Wang, à la tête d'un groupe de recherche basé à Pékin, qui déclare:

«La société entière doit se rendre compte de l'importance des seniors qui méritent infiniment plus de soins et d'attention.»

Marronnier de la politique, les personnes âgées, par tradition et selon les principes confucianistes —le Xiao Jing, classique de la pensée chinoise sur la piété filiale— devraient être choyées dans la maison de leurs enfants. La libéralisation de la société et l'urbanisation ont peu à peu rompu ce lien social, plongeant la tranche d'âge en question dans un abîme de détresse.

Cette proposition de loi symbolise les inquiétudes qui accompagnent l'augmentation du poids des personnes âgées dans la société chinoise. (Ils seront 438 millions en 2050 selon une enquête américaine) Selon plusieurs études gouvernementales, le pays a le 3e taux de suicide le plus élevé chez les seniors au monde. En s'intéressant à la dernière décennie plus particulièrement, Jing Jun, professeur de sociologie à l'université QingHua de Pékin, a noté une importante hausse de ces chiffres dans le milieu urbain.

Vivre seul

Selon Jing, la transformation de l'habitat est une des premières causes de solitude. Les grands-parents quittent les quartiers historiques à échelle humaine et plutôt chaleureux pour des immeubles neufs. Là, ils s'y sentent oublié. Depuis 2006, pour tenter d'endiguer cette tendance, le gouvernement a même instauré une couverture médicale pour soigner les nombreux cas de stress.

Des voix s'élèvent et remettent en question l'application de cette loi qu'elles jugents peu appropriée. Alors que le gouvernement a créé «l'Etoile de la piété» pour récompenser les plus méritants, Ninie Wang a bien conscience des limites du projet:

«La piété filiale est aujourd'hui un mythe. Les jeunes générations vivent de plus en plus loin de leurs parents et développent des valeurs bien différentes.»

Des propos corroborés par différentes études. Plus de la moitié des plus de 60 ans vivent séparés de leurs enfants, selon le Comité national chinois de l'observation de l'âge, un organe lié au Conseil d'Etat, ce chiffre augmente jusqu'à 70% dans les grandes villes.

La société chinoise a parfois condamné les enfants qui fuyaient leurs responsabilités en délaissant leurs parents. Dans la province du Jiangsu, une loi vient d'être passée interdisant aux enfants de forcer leurs parents à leur donner de l'argent ou des biens matériels. Le QingDao Evening News rapporte que dans la province du Shandong, un tribunal a condamné trois filles dans leur bataille juridique contre leur mère de 80 ans qui les accusait de la traiter comme «un fardeau».

Beaucoup se plaignent du décalage entre la réalité et l'objectif de cette proposition de loi. Il serait injuste de demander aux jeunes de penser à leurs aînés quand des millions de migrants travaillent loin de leur village natal et que la politique de «l'enfant unique» a créé des familles dans lesquelles un adulte doit s'occuper de ses deux parents et de ses quatres grands-parents.

Dans le nord du pays, les officiels chinois ont pourtant déjà intégré ce quotient pour attribuer les promotions aux cadres du Parti. Ce qui n'a pas empêché un commentaire plutôt acerbe sur le portail web Chujin:

«Beaucoup de membres du parti font preuve de piété filiale. Par exemple en redistribuant une partie du trésor public à leurs parents. Mais ça s'appelle de la corruption. Le système doit-il les blâmer ou les féliciter?»

Photo: China - portrait old chinese woman / jadis1958 via Flickr CC License by

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