Culture

La suite de «L'Attrape-coeurs» bannie des Etats-Unis

Slate.fr, mis à jour le 16.01.2011 à 15 h 11

Les Américains et les Canadiens devront ruser pour lire la suite de L'Attrape-coeurs (The Catcher in the Rye), le célèbre roman de J.D. Salinger. Selon le site Publishers Weekly, le jeune écrivain suédois Fredrik Colting, qui avait écrit une suite «non autorisée» du livre sous le titre 60 Years Later: Coming Through the Rye, a conclu un accord avec les héritiers de Salinger lui interdisant de publier son oeuvre en Amérique du Nord avant que L'Attrape-coeurs n'entre dans le domaine public (en 2046 normalement, 95 ans après sa publication).

Il ne pourra pas non plus utiliser le titre original, dédier son livre à Salinger ou utiliser pour sa promotion un slogan comme «le livre interdit par Salinger». En échange, les héritiers s'engagent à ne pas interférer avec la publication du roman ailleurs: l'auteur espère vendre son livre, déjà distribué au Royaume-Uni et en Suède et qui n'a pas encore été traduit en français (au contraire de la chronique de nos confrères de Slate.com, qui ont jugé le livre «bidon»), dans au moins une demi-douzaine de pays supplémentaires en 2011.

Le litige avait commencé avant même la mort de Salinger, début 2010. L'auteur, alors âgé de 90 ans, avait intenté un procès à Colting en arguant que son livre constituait un «plagiat pur et simple» de L'Attrape-coeurs, puisqu'il raconte l'histoire d'un personnage de 76 ans, Mr C., errant dans les rues de New York à la manière de Holden Caudfield, le jeune héros du roman initial, et dialoguant avec un écrivain appelé Mr. Salinger. Fredrik Colting s'était défendu en affirmant que son oeuvre constituait un «commentaire littéraire». La justice américaine lui avait dans un premier temps donné tort en juillet 2009, mais il avait fait appel, qui restait à juger au fond.

Depuis 1951, les ventes de L'Attrape-coeurs –dont la première traduction française était signée de Sébastien Japrisot, auteur de L'Eté meurtrier et Un long dimanche de fiançailles– sont estimées à plus de 35 millions d'exemplaires. Le livre s'est encore classé l'an dernier 73e de la liste des best-sellers de USA Today. Devenu légendaire pour sa réclusion loin de la foule et des médias, J.D. Salinger a toujours refusé d'en vendre les droits d'adaptation cinématographique.

La France a elle aussi connu une affaire judiciaire entourant la publication d'une suite d'un classique de sa littérature. En 2001, l'écrivain François Cérésa avait publié une suite en deux volumes aux Misérables, Cosette ou le temps des illusions et Marius ou le fugitif, suscitant une plainte de Pierre Hugo, descendant de Victor Hugo. En décembre 2008, au terme d'une longue procédure, la cour d'appel de Paris avait fini par donner tort au plaignant.

Photo: J.D. Salinger (DR).

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