Life

«Mère juive» contre «mère chinoise»: le match polémique

Slate.fr, mis à jour le 17.01.2011 à 12 h 34

C'est un débat qui agite les médias américains depuis une semaine: les mamans de la communauté chinoise sont-elles meilleures que les autres ou trop envahissantes? A l'origine de la controverse, les bonnes feuilles d'un livre de Amy Chua, un professeur de Yale, publiées le 8 janvier dans le Wall Street Journal sous le titre «Pourquoi les mères chinoises sont meilleures»:

«Beaucoup de gens se demandent comment les parents chinois élèvent des enfants si typiquement brillants. Ils se demandent ce que ces parents font pour produire tant de petits génies des maths et de musiciens prodiges, comment ça se passe au sein de la famille, et s'ils peuvent eux aussi le faire. Je peux leur répondre car je l'ai fait. Voilà des choses que mes filles, Sophia et Louisa, ne sont jamais autorisées à faire: aller à une soirée-pyjama, [...] regarder la télévision ou jouer à des jeux sur ordinateur, choisir elles-mêmes leurs activités extra-scolaires, avoir une note qui n'est pas un A, ne pas être les premières de leur classe dans toutes les matières sauf la gym et le théâtre, jouer un autre instrument que du piano ou du violon.»

L'auteur explique que, «même quand les parents "occidentaux" croient qu'ils sont stricts, ils le sont beaucoup moins que les mères chinoises. [...] Ce que les parents chinois comprennent, c'est qu'aucun domaine n'est amusant quand vous n'êtes pas bon dedans. Pour devenir bon, vous devez travailler, et les enfants ne veulent jamais le faire eux-mêmes, ce qui explique pourquoi il est crucial de passer outre leurs préférences». Selon elle, les parents chinois sont moins «anxieux» au sujet de l'estime de soi de leurs enfants, pensent que ceux-ci «leur doivent tout» et croient «qu'ils savent ce qui est le mieux pour leur enfant». Ce «modèle parental entièrement différent» qu'elle décrit avec une pointe d'humour les conduit parfois à des choses «inimaginables» pour d'autres parents, comme de traiter un enfant de «déchet» (garbage).

«Coupable, ambivalente et préoccupée»

Comme l'explique ABC News, cet article et le livre qui l'accompagne, Battle Hymn of the Tiger Mother («L'hymne guerrier de la maman tigre»), a déclenché un débat animé aux Etats-Unis: «Certains pensent que le livre encourage les parents abusifs, tandis que d'autres affirment qu'il va stimuler la xénophobie et ceux qui détestent la Chine».

Amy Chua s'est donc attirée une réplique, dans les colonnes du même Wall Street Journal, d'une spécialiste de la parentalité, Ayelet Waldman, sous le titre «Défense de la coupable, ambivalente et préoccupée maman occidentale». Celle qui se qualifie de «mère juive de quatre enfants» prend avec ironie le contre-pied de Amy Chua en expliquant que ses enfants sont autorisés à dormir chez leurs amis («cela économise une baby-sitter») ou à choisir leurs activités extra-scolaires («du moment qu'on ne me demande pas de conduire plus de 10 minutes pour les y amener»). Elle raconte ensuite comment une de ses filles dyxlexique, Rosie, a réussi à apprendre à lire grâce à sa propre méthode et ses propres efforts, contre l'avis de ses parents, avant de conclure:

«Rugir comme un tigre transforme certains enfants en pianistes qui feront leurs débuts à Carnegie Hall mais ne fait qu'accabler les autres. Dorloter donne à certains enfants une excuse pour échouer et à d'autres une chance de réussir. Amy Chua et moi comprenons toutes les deux que notre travail de mère est d'être le genre de tigresse dont chacun de nos petits a besoin»

Amy Chua a depuis réagi auprès du quotidien San Francisco Chronicle en expliquant avoir été très surprise par la façon dont le Wall Street Journal avait présenté des extraits de son livre:

«Il a en gros collé bout à bout les passages les plus polémiques du livre, et je ne savais pas qu'ils allaient mettre ce genre de titre. Mais le pire, c'est qu'ils n'ont même pas compris que le livre racontait un voyage, et que la personne à la fin est différente de ce qu'elle était au début –que j'ai eu ce que je me méritais et que j'ai pris mes distances avec ce modèle d'éducation chinois très strict»

Si la polémique a profité aux ventes (le livre se classe dans les dix essais les plus vendus aux Etats-Unis), l'auteur se plaint même d'avoir reçu des menaces de mort.

Photo: Amy Chua (Yale Law School).

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