Monde

Les néonazis allemands font campagne dans une école

Slate.fr, mis à jour le 15.01.2011 à 15 h 31

2011 est une année électorale décisive pour l’Allemagne, qui va renouveler les représentants dans sept de ses seize Etats-régions (Länder). Les forces politiques du pays se préparent, et parmi elles, l’extrême-droite. On apprend ainsi dans la Tageszeitung que le 15 janvier, à Berlin, le parti néonazi allemand, le NPD, fête en grande pompe sa fusion avec le DVU, un parti nationaliste münichois à l’agonie. La fusion porte un nouveau nom, «Die Volksunion», l’union populaire.

Pour le vice-président de l’office fédéral de protection de la Constitution, Manfred Murck, il convient cependant de nuancer cette joyeuse mise en scène: «Cette fusion ne va pas être si avantageuse que cela». Le quotidien précise que, selon les plus hautes estimations, la fusion pourrait gonfler l’ex-NPD de 2.500 membres. Mais selon d’autres analyses, seuls 1.000 membres de la DVU accepteraient d’être associés à un parti si ouvertement néonazi: lorsqu’en décembre dernier, la DVU a acté la fusion, quatre sections régionales ont quitté le congrès du parti. Le journal cite Max Branghofer, ancien chef de la DVU en Rhénanie du Nord: «Ce n’est pas une unification, c’est une absorption hostile!».

En résumé, rien ne prouve que «la fusion n’ait été une bonne idée». Mais sa mise en scène devait avoir lieu, et pour cela, il a fallu trouver un décor. Ce 15 janvier, la Volksunion a décidé de lancer sa campagne électorale… dans une école à Berlin. Le quotidien décrit «une de ces actions de provocation typiques que la NPD met en place pour continuer à attirer l’attention sur elle».

Autorisation de la justice allemande

Un autre article de la Tageszeitung détaille la chronologie de la polémique: Jürgen Zöllner, sénateur socialiste pour l’éducation à Berlin, et qui détient la responsabilité administrative de l’école l’école Max Taut, avait refusé la demande de rassemblement du NPD. L’affaire est donc passée devant le tribunal administratif puis devant la cour administrative d’appel. Cette dernière a cependant jugé que «selon la loi fondamentale d’égalité de traitement de tous les partis, le NPD avait, lui aussi, le droit d’utiliser les édifices publics».

Le quotidien explique ensuite que l’édifice public en question est chargé d’histoire:

«L’école a été construite entre 1929 et 1932 et conçue comme le chef-d’œuvre du mouvement de la pédagogie réformatrice allemande. L’architecte Max Taut, considéré comme un urbaniste visionnaire, fut, à partir de 1933, interdit de participation aux appels d’offre publics. Aujourd’hui, la salle des actes de l’école Max Taut sert régulièrement de lieu de rassemblement ou de salle de concert.»

À Berlin, cette décision de la cour d’appel administrative a choqué l’opinion. La Berliner Zeitung rapporte ainsi que des syndicats, des associations et des représentants de tous les partis démocratiques ont appelé à une mobilisation citoyenne. Une contre-manifestation devait avoir lieu samedi à 13 heures.

Dans le Berliner Morgenpost, on apprend que le maire de Berlin, Klaus Wowereit, a salué ces initiatives citoyennes spontanées :

«L’apparition de l’extrême droite à Berlin est une provocation pour toutes les forces démocrates. Je me réjouis de voir que, face à l’intolérance brune et à la menace de violence, de nombreux individus osent montrer leurs visage.»

Photo: le logo du parti NPD/Volksunion.

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