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Quel impact d'internet sur la révolution tunisienne?

Quel a été l’impact des médias en ligne, et notamment des réseaux sociaux, dans la «révolution de jasmin» tunisienne, qui s’est traduite le 14 janvier par la fuite du pays de Ben Ali? Comme pour d’autres mouvement de protestation, en Iran par exemple, la question est posée par les médias, l’AFP décrivant par exemple Twitter et Facebook comme «des caisses de résonance de la révolte des Tunisiens», dans «un flux ininterrompu que le régime n'est pas parvenu à contenir».

Un flux qui s’est traduit, également, par de nombreuses vidéos postées sur YouTube sous l’intitulé Sidi Bouzid (la ville d’où est partie le mouvement) ainsi que, dans une autre perspective, par les informations publiées par Wikileaks, selon lesquelles les diplomates américains voyaient l’entourage de Ben Ali comme une «quasi-mafia» et le régime comme «sclérosé». En face, le régime tunisien a mené des opérations de hacking des comptes Gmail, YouTube ou Facebook de journalistes et de dissidents, mais s’est également heurté aux Anonymous, des hackers qui se sont attaqués au site gouvernementaux.

Résumant la situation il y a une semaine, le blog NDItech Democracy Works écrivait que, en l’absence d’intérêt au départ des médias occidentaux et en raison de la censure en Tunisie, «la protestation a largement été relatée (ainsi que coordonnée et encouragée) en ligne, ce qui est d’une certaine façon révolutionnaire en soi. [...] En Tunisie comme ailleurs, les outils les plus critiques sont ceux que les activistes utilisaient déjà. C’est pour cette raison que la plupart des attaques et tentatives de censure ont été dirigées vers des plateformes et services comme Gmail, Facebook et Twitter».

«Joyeux prophètes des nouvelles technologies»

Dans un post publié le 15 janvier, le blog Meilcour dresse lui un bilan nuancé de l'impact d'internet sur l'évènement. S'il reconnaît qu’internet a joué un rôle pour façonner la vision du mouvement dans un pays comme la France, où le «traitement médiatique a évolué de manière progressive», il ironise sur l’analyse des «joyeux prophètes des nouvelles technologies» et affirme qu'il ne faut pas surestimer l’impact d’un outil en particulier dans le mouvement, ni l’impact d’internet tout court:

«Oublions les outils. C’est un mix de blogs, de YouTube, de Twitter et de Facebook (moins) qui a permis la transmission, principalement à des media (ou assimilés, des leaders d’opinion ultra connectés en ligne). Ce n’est pas une révolution Twitter, ni Wikileaks. [...] Twitter n’est pas vraiment utilisé en Tunisie. Les révélations de Wikileaks n’ont pas touché l’opinion publique tunisienne, lui apprenant des choses qu’elle savait déjà, d’une source lointaine, peu évoquée. [...] Surtout, c’est une révolution qui trouve ses fondamentaux tellement ailleurs (faim, répression, corruption, inégalités…) que la place des media sociaux dans cette page d’histoire devrait moins nous intéresser que ce qui va maintenant advenir… »

Sur Foreign Policy, le chercheur Evgeny Morozov tire lui des évènements une conclusion «d'une certaine façon déprimante» en ce qui concerne l'impact d'internet sur les mouvements de protestation démocratique:

«Si le dictateur ne tombe pas à la fin, les bénéfices fournis par internet à la mobilisation sociale sont probablement surpassés par les coûts (la plus grande facilité apportée à la traque des dissidents). [...] La question est donc de savoir si le surcroît de mobilisation apporté par internet fournit une force si puissante qu'aucun dictateur ne peut la supporter. A en juger par les évènements en Iran, la réponse semble être "non"...»

Enfin, le quotidien américain Los Angeles Times cite lui un message posté sur Twitter par une romancière tunisienne installée en Californie, Laila Lalami:

« S’il vous plaît, arrêtez d’attribuer le renversement de Ben Ali à Wikileaks ou Twitter ou YouTube. C’est le peuple tunisien qui l’a fait.»

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