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(Live) Tunisie, la "révolte de jasmin"

Slate.fr, mis à jour le 14.01.2011 à 17 h 12

Drapeau de la tunisie

Drapeau de la tunisie

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Vendredi 14 janvier

17h — Les opposants au président Ben Ali ont fait preuve de prudence après l’intervention du chef de l’Etat tunisien jeudi soir à la télévision.

Mustapha Ben Jaafar, le leader du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDLT): «Ce discours ouvre des perspectives. Il reste à appliquer ces intentions.» [El Watan]

Ahmed Nejjib Chabbi, chef et fondateur du Parti démocratique progressiste tunisien: «la nouvelle politique dans le discours a été bonne» mais il en attend les détails concrets et réclame un gouvernement d'union nationale «qui comprendrait l’ensemble des composantes du pays, afin de veiller à la bonne tenue des promesses et à l’application des réformes». [The New York Times]

Où est Hamma Hammami, le porte-parole du Parti communiste des ouvriers (interdit par le régime tunisien) arrêté mercredi matin à Tunis? «Nous n'avons pas encore de nouvelles de mon père, a dit Nadia, sa fille. Nous avons peur pour sa vie et pour celle de l'un de ses avocats, Mohamed Mzem, qui a été prise en même temps que lui.» [ZAWYA]

16h — Selon Al-Jazeera, le président Ben Ali viendrait de dissoudre le gouvernement et d'appeler à des élections législatives anticipées dans les 6 mois à venir.

15h — Que dit l'opposition?

Le discours de Ben Ali hier soir a suscité de nombreuses réactions dans l'opposition, relayée par les médias.

Mustapha Ben Jaafar, le leader du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDLT), a déclaré à El Watan , «ce discours ouvre des perspectives. Il reste à appliquer ces intentions.»

De son côté Ahmed Nejjib Chabbi, chef et fondateur du Parti démocratique progressiste tunisien, estime que «la nouvelle politique dans le discours a été bonne» mais il en attend les détails concrets, rapporte le New York Times. Pour les mettre en place, il a réclamé un gouvernement d'union nationale «qui comprendrait l’ensemble des composantes du pays, afin de veiller à la bonne tenue des promesses et à l’application des réformes». Une solution que le ministre des affaires étrangères Kamel Morjane ne rejeterait pas, note également le NYT.

Quant à Hamma Hammami, dont le parti communiste des ouvriers est interdit par le régime tunisien, et qui a été arrêté mercredi matin à Tunis, on reste sans nouvelle. Sa fille déclarait ce matin à l'AFP: «Nous n'avons pas encore de nouvelles de mon père. Nous avons peur pour sa vie et pour celle de l'un de ses avocats, Mohamed Mzem, qui a été prise en même temps que lui.» 

14h30 — Invité ce matin sur France Inter, Mezri Haddad, l'ambassadeur de la Tunisie auprès de l'UNESCO, qui avait indiqué qu'il s'adresserait au président Ben Ali plus tard dans la journée, a annoncé en direct sa démission à BFMTV cet après-midi.

Un blogueur tunisien a reproduit dans son intégralité la lettre de démission d'Haddad à Ben Ali, dans laquelle celui-ci revient sur son soutien au président et aux conseils qu'il lui avait, en vain, donnés.

12h — Un live-stream qui fonctionne pour le moment, sur Justin TV.

11h — 5.000 Tunisiens devant le ministère de l'Intérieur

Le discours de Ben Ali n'a pas convaincu, et depuis ce matin, sur Twitter et Facebook de nouvelles manifestations s'organisent, notamment devant le ministère de l'Intérieur à Tunis. Ils seraient actuellement plus de 5.000 à scander des slogans contre Ben Ali et exiger son départ. De nombreux Tunisiens comme jasminrevolt ou iPolo711 filment en direct du rassemblement, et d'autres publient des photos sur Twitter. Pour y suivre les manifestations, le hashtag #SidiBouzid est le plus populaire.

Jeudi 13 janvier 2010

Les promesses de Ben Ali

Le chef de l'Etat tunisien est intervenu jeudi soir à la télévision, pour la 3e fois depuis le début des troubles. Il a promis qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2014, ordonné aux forces de l'ordre de ne plus faire usage d'armes à feu contre les manifestants, une baisse des prix du pain, du lait et du sucre et annoncé la liberté de la presse et la fin du blocage d'internet. Ce que Nawat, un des sites les plus actifs en Tunisie, a confirmé en fin de soirée, via Twitter:

Morjane n'a pas démissionné

Il y a quelques heures, un blog portant le nom du ministre tunisien des Affaires étrangère, Kamel Morjane, publiait une lettre de démission en son nom, en français, anglais et arabe. Immédiatement démentie par le fils de l'intéréssé sur Twitter puis par le ministre interrogé par plusieurs médias, la lettre dénonce un «gouvernement despote et manipulateur», une «répression aveugle» et présente un Morjane indigné par cette «mauvaise gestion de crise», «prêt à être jugé devant un tribunal libéré du joug de la dictature (…) de ce qu'(ils ont) fait à la Tunisie».

La fausse lettre de démission évoque également des casseurs et des pilleurs payés par le gouvernement pour «décridibiliser (sic) les manifestants» ainsi que la responsabilité du «Clan» Ben Ali, dont Morjane, qui a épousé la fille d'un des cousins du président, fait partie.

Morjane, ancien ministre de la Défense, a été nommé aux affaires Etrangères il y a un an. Selon un des câbles du Département d'Etat américain diffusés par WikiLeaks, il est sensible à un rapprochement diplomatique avec les Etats-Unis.

Hammamet envahie par des pilleurs

Des journalistes de l'AFP à Hammamet rapportent que la station balnéaire, située à 60 km de Tunis, est aux mains des pilleurs depuis la fin de l'après-midi, et ces derniers ont déjà détruit ou vandalisé plusieurs bâtiments:

«Les pillages ont commencé après une marche pacifique dans cette ville très touristique, qui compte des dizaines d'hôtels, et après les funérailles d'un réceptionniste de l'un de ces établissements, Zouheir Souissi, qui a été tué mercredi par les tirs de la police.»

En Tunisie et en Algérie, la jeunesse oubliée se révolte

Les troubles que connaît l'Algérie depuis le 5 janvier semblent rappeler la crise sociale en Tunisie. Pour le site Tout Sur l'Algérie: 

«Les deux mouvements ont démarré sur une colère exprimée par une frange de la jeunesse oubliée du développement économique, victime du chômage, du manque de perspectives d'avenir.» 

Mais «la comparaison s'arrête là». En Algérie, les émeutes seraient la conséquence du développement de l'économie parallèle, affirment des experts cités par l'AFP. Ce phénomène, qui prive le gouvernement de revenus fiscaux, semble être à l'origine de la flambée des prix des denrées alimentaires qui ont poussé les manifestants dans la rue. Mais ce genre d'affrontements entre jeunes de quartiers populaires et forces armées ne sont pas nouveaux, bien que les heurts les plus récents ont été d'une violence rare. Pour Abderezak Mera, journaliste à El Watan, cette récurrence n'est pas normale:

«Face aux même phénomènes de contestation qui deviennent cycliques pour plus de démocratie, une meilleure gouvernance et plus d’équité dans la répartition des richesses, les gouvernants opposent le surenchérissement démagogique et les… représailles.»

En Tunisie, cependant, la situation est sans précédent. La répression du régime de Ben Ali a été très violente et les déclarations du chef d'Etat ont été vaines à calmer les manifestants, tandis qu'en Algérie le président Bouteflika ne s'est même pas exprimé.

Pourquoi la France se tait?

Cité par l'AFP, le premier ministre français François Fillon s'est dit «extrêmement préoccupé de la situation» et le porte-parole du gouvernement François Baroin a déclaré que la France n'avait pas à «s'ingérer dans les affaires de Tunis.»

Malgré ces réactions, les médias internationaux s'interrogent sur le silence, et surtout sur l'absence de prise de position de la France à propos de cette crise tunisienne. Pour Time le gouvernement français se garde de faire des déclarations à ce sujet car Ben Ali leur serait un allié stable dans le combat contre l'installation des djihadistes en Afrique du Nord.

Néanmoins, sur son site le ministère français des affaires étrangères a conseillé aux voyageurs «d'adopter la plus grande réserve et d'éviter de se mêler à toute forme de rassemblement.»

Bilan après la nuit de mercredi à jeudi

Cette nuit aura été «mortelle en Tunisie», note l'Express. Selon la Fédération internationale de la ligue des droits de l'homme, citée par le journal, il y aurait eu huit morts dans la nuit de mercredi à jeudi; 66 depuis le début de la crise (certains opposants parlent d'une centaine, lire plus bas).

On déplore également la mort d'un autre civil à Douz, là où Hattam Bettehar a été tué mercredi soir. Dans la banlieue de Tunis, à Ettadahem, «Magid, 25 ans, a été mortellement blessé par des tirs de la police, une heure environ avant le couvre-feu», a indiqué un habitant de la cité. A Thala dans le centre, un autre homme aurait été tué par balle, et «une femme a été violée par un policier devant son mari», raconte l'avocate Mounia Bou Alia, qui se trouve sur place, au quotidien algérien El Watan, et d'ajouter que «les manifestants demandent le départ du président».

Le NouvelObs rapporte également la mort d'une franco-suisse dans le nord du pays et celle du lycéen Omar Haddad à Sfax, sur la côte nord-est de la Tunisie.

Après ces affrontements de la nuit, l'armée s'est retirée de Tunis à la mi-journée, rapporte l'AFP. Elle a été remplacée par «des cars remplis de policiers anti-émeute», postés dans les rues de la capitale.

Mercredi 12 janvier 2010

Mercredi, de violents affrontements ont eu lieu entre les manifestants et les forces de l'ordre tunisiennes. Hattam Bettahar, un universitaire franco-tunisien a été abattu à Douz, une ville au sud du pays, une scène filmée par BFM TV mise en ligne sur YouTube (edit du 15 janvier).

Au total, les affrontements auraient fait une centaine de victimes, selon un opposant exilé en France, Moncef Marzouki, rapporte 20minutes.fr. S’exprimant sur Canal+, le président du Congrès pour la République (CPR), parti d'opposition tunisien interdit a déclaré:

«Ça fait quatre semaines que la police tire sur le peuple. Je tiens à attirer votre attention sur le fait que nous sommes actuellement à une centaine de morts.»

La nuit de mercredi à jeudi a été le théâtre de violents affrontements, selon Le Nouvel Obs:

«De violents affrontemements ont opposé les forces de sécurité à des jeunes dans la banlieue de Tunis dans la nuit de mercredi à jeudi 13 janvier malgré le couvre-feu. Les témoins se déclarent "ahuris" par l'ampleur des dégâts.»

Pourtant, mercredi, on aurait pu croire à un possible apaisement. En effet, le président Ben Ali avait demandé, par la voix de son Premier ministre Mohammed Ghannouchi, la libération de toutes les personnes détenues à la suite des émeutes, «à l'exception de ceux dont l'implication dans les actes de violence graves, de dégradation préméditée et d'incendie des biens, a été prouvée par les informations judiciaires», rapporte l'Agence France Presse. Lundi, le président tunisien avait déclaré que 300.000 emplois seraient créés d'ici deux ans. Pour le site GlobalNet Tunisie, il s’agissait là «des premières décisions concrètes qui sont en mesure de baisser un tant soit peu la tension».

Mais des indices montraient déjà que la situation n’était pas encore sur la voie de l’apaisement. Un communiqué de Reporters Sans Frontières dénonçait l'arrestation du journaliste Nissar Ben Hassen mardi à son domicile. Il couvrait les évènements pour la webradio Radio Kalima. Hamma Hammami, porte-parole du Parti communiste des ouvriers tunisiens, aurait également été arrêté, dans la matinée du 12 janvier 2011, alors qu’il se trouvait à son domicile.

Outre ces annonces, Ben Ali avait également limogé son ministre de l'Intérieur, Rafik Belhaj. Ce dernier a été remplacé par Ahmed Friaâ.

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