Culture

Alexandre Jardin critiqué pour avoir traité son grand-père d'«Eichmann français»

Temps de lecture : 2 min

Des gens très bien, dernier livre d'Alexandre Jardin consacré au passé vichyste de son grand-père vaut à l'écrivain de «se faire taper dessus par la critique». Après avoir publié Fanfan et le Le Zèbre, Jardin change de registre en consacrant un livre à son grand-père, mais en abandonnant le ton anecdotique du Roman des Jardin. Dans son ouvrage, le petit-fils de Jean Jardin dépeint son aïeul comme le «Eichmann français». Un jugement controversé puisque les historiens et bon nombre de critiques littéraires ont réfuté cette interprétation.

Surnommé le «Nain jaune», Jean Jardin fut le directeur de cabinet de Pierre Laval durant une période troublée allant du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943. Alexandre Jardin le dépeint comme un «être aussi influent qu'un René Bousquet, plus décisif qu'un Paul Touvier, aussi central que Papon». Pourtant l'historien et spécialiste du régime de Vichy Robert Paxton interrogé par Le Point, déclare qu'«interpréter un personnage comme Jean Jardin selon une seule dimension - collaborateur convaincu ou résistant discret - semble une déformation.» Comme «son nom figure moins dans les archives» et que Laval ne disposait pas d'un «cabinet traditionnel», il reste très difficile pour les historiens de se prononcer sur son implication.

Alexandre Jardin profite également de ce droit d'inventaire pour égratigner l'écrivain Pierre Assouline à qui il reproche de ne pas avoir fait état de l'antisémitisme de son grand-père dans la biographie qu'il lui avait consacré. Contacté par Slate.fr, ce dernier se défend:

«Si quelqu'un possède un document, une archive, une lettre ou un témoignage oral relatifs à l'antisémitisme supposé de Jean Jardin, qu'ils le produisent et je l'intégrerais à ma biographie. Pour l'instant, nul n'en a trouvé, et en ce qui me concerne, ce n'est pas faute d'avoir cherché.»

Sur son blog Pierre Assouline semble même éprouver des regrets:

«Il aurait pu en faire un grand livre si, en lieu et place de la haine qu’il manifeste, tout à sa hâte de "me purger de mon ADN", il avait éprouvé de l’empathie pour son antihéros. En pénétrant la complexité de ce personnage, si français d’autrefois jusque dans sa conception de la fidélité et de la loyauté, il eût exploré un terrain autrement plus passionnant pour un romancier, celui de l’ambiguïté, de la demi-teinte, du cas de conscience; mais il eut probablement peiné car l’art de la nuance ne s’accorde pas aux tempéraments hyperboliques. De ceux qui lui font balancer des formules consternantes.»

Règlements de compte familial

Egalement «indigné» par ce livre, Gabriel Jardin, fils cadet de Jean et oncle d'Alexandre, a choisi d'apporter à Evene ce qu'il considère comme des preuves historiques réfutant les accusations portées par son neveu. A voir également cette interview qu'il a accordée à Europe 1 et dans laquelle il parle «d'une démarche odieuse et détestable»:



Une demarche odieuse et detestable;
envoyé par Europe1fr. - L'info internationale vidéo.

Devant ce concert de critiques, Alexandre Jardin a choisi de publier une tribune sur The Guardian : «Mon roman (…) a provoqué une crise en France (…) parce qu'il parle de l'aveuglement de ma famille et de notre nation toute entière.» A l'intérieur de celle-ci, il n'hésite pas à critiquer le traitement médiatique qu'il a reçu: «Le Figaro m'a insulté», «même le Monde imbu de son autorité morale, a tenté de discréditer mon livre». Alors que son ouvrage est toujours en course pour le grand prix RTL-Lire, il promet de livrer une «bataille féroce».

Photo: Alexandre Jardin à la Cantine le 4 Janvier 2011 by SiliconManiacs via Flickr CC License By

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