L'étudiant turc qui avait tourné un porno pour son mémoire

En Turquie, trois enseignants viennent d’être renvoyés de l’université privée de Bilgi à Istanbul, début janvier, pour avoir autorisé un de leurs étudiants en cinéma, en guise de travail de fin d’études, à tourner un film pornographique. Une affaire qui, selon le site de la BBC, «attire l’attention sur le conflit entre les valeurs traditionnelles et les expériences artistiques et le style de vie pratiqué à Istanbul».

AOL News, qui relate longuement l’affaire, cite une déclaration de l’assistante d’un des enseignants évincés selon laquelle l’étudiant voulait montrer dans ce travail que les pornos amateurs «sont aussi des productions professionnelles, mais qui imitent le style d’un film amateur ou homemade». Il a effectivement réalisé son film mais celui-ci, soumis à la fin de l’année universitaire 2010, n’a pas «satisfait aux exigences académiques», selon le site. Ce qui n’a pas empêché l'étudiant de raconter au magazine turc Tempo comment il l’avait tourné sur le campus, déclenchant la fureur des parents de certains étudiants et une procédure judiciaire de l’université contre ses trois professeurs pour pornographie.

Selon le Hurriyet Daily News, les étudiants et les professeurs ont depuis mené des manifestations de soutien aux enseignants évincés, défilant par exemple lundi pour réclamer leur réintégration et l’examen du dossier par un «comité non-partisan». Le journal précise aussi que la direction de l’université a fermé le département de communication et y a bloqué les e-mails internes afin d’éviter l’émergence d’un front uni contre ses décisions. AOL News a recueilli une déclaration d’un des protestataires, Ali Nesin, un professeur de mathématiques:

«La liberté académique ne concerne pas le fait d’être autorisé à boire du café dans son bureau, mais de pouvoir travailler et mener des recherches sur des sujets polémiques. Elle implique aussi de possibles bêtises ou erreurs de jugement.»

Le Hurriyet Daily News note par ailleurs que le fondateur de l’université de Bilgi, Oguz Ozerden, a notamment fait fortune en commercialisant des services de téléphone rose et a entretenu une brève coopération avec le magazine Penthouse. Selon la BBC, «Bilgi a la réputation d’être une des universités les plus libérales de Turquie, et a par exemple été l’une des premières à autoriser la présence de femmes portant le foulard sur le campus».

Photo: le campus de l'université de Bilgi (DR)