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Les étudiants américains préfèrent les compliments au sexe

Slate.fr, mis à jour le 12.01.2011 à 14 h 05

Les étudiants américains préfèrent voir leur ego stimulé (en recevant un compliment ou une bonne note par exemple), plutôt que de faire l'amour ou de manger leur nourriture préférée, affirme une récente étude dont les résultats suggèrent que les jeunes ont un besoin compulsif d'estime d'eux-mêmes, qui dépasse et précède d'autres désirs.

Des résultats qui ont supris le chercheur à la tête de l'étude:

«J'étais choqué. Tout le monde aime recevoir des compliments, mais plus que se livrer à son activité sexuelle préférée? Plus que recevoir son salaire? J'étais surpris que ça soit important au point de battre tout le reste.»

L'étude tire des conclusions de deux expériences différentes: dans la première, on a demandé à des étudiants de penser à leur nourriture préférée, leur activitié sexuelle préférée et leur booster d'estime de soi préféré, puis de noter à quel point ils aimaient chaque activité et à quel point ils la voulaient.

Drogués à l'estime de soi?

D'une manière générale, les participants «aimaient» les activités plus qu'ils ne les «voulaient». Mais la différence entre l'appréciation et le désir pour une activité augmentant leur estime d'eux-même était plus réduite que pour les autres activités. Une distinction importante parce que les études sur la dépendance aux drogues montrent qu'une des indications de l'accoutumance est le fait de vouloir quelque chose plus que de l'apprécier ou de l'aimer.

Les participants qui ont une haute idée d'eux-même (repérés parce qu'ils étaient plus à même de cocher une phrase du type «Si je dominais le monde, les choses iraient mieux pour la planète» que «L'idée de dominer le monde me terrifie»), avaient plus tendance à vouloir des boosters d'estime d'eux-même qu'à les aimer, explique le chercheur à Business Week:

«C'est un gros problème et je pense qu'une haute idée de soi est préjudiciable à la société. Quand vous pensez que vous méritez mieux que les autres, que vous êtes meilleurs qu'eux, et qu'ensuite vous n'obtenez pas ce que vous pensez mériter, vous vous énervez.»

Dans la deuxième expérience, on a demandé à d'autres étudiants de choisir dans une liste quelle était leur activité favorite (exemples d'activités proposées en plus de celles de l'expérience précédente: recevoir son salaire, voir un de ses meilleurs amis ou boire de l'alcool). Là aussi, l'activité augmentant l'estime de soi a battu toutes les autres.

Une professeure de pyschiatrie qui n'a pas participé à la recherche explique au blog santé du New York Times hésiter à généraliser des conclusions à partir d'expériences où des étudiants remplissent des questionnaires, notant que l'auto-évaluation n'est pas toujours fiable. Quant à cette étude, elle estime que l'accès facile au sexe et à l'alcool sur un campus universitaire pourrait expliquer pourquoi les élèves veulent obtenir des bonnes notes et des compliments, plus difficiles à obtenir:

«Les autres récompenses sont plus ou moins en leur contrôle. Ce n'est pas le cas des facteurs d'estime de soi.»

Les dangers de l'estime de soi

Pour Jean Twenge, auteur d'un livre sur le rapport des jeunes à eux-mêmes intitulé Génération Moi, l'étude montre les inconvénients de l'estime de soi, qui a particulièrement augmenté chez les jeunes depuis les années 1960.

«Ce qu'on voit en fait, c'est cette espèce d'estime de soi vide, où vous êtes supposés vous sentir spécial juste parce que vous êtes vous, où tout le monde est un gagnant et on devrait tous se sentir content de soi tout le temps. Ce qui, en quelque sorte, laisse de côté le fait que l'estime de soi est habituellement basée sur quelque chose.»

Une opinion que les auteurs de l'étude rejoignent: l'un d'entre eux estime que «la société américaine semble croire que l'estime de soi est la solution à tous les problèmes sociaux, depuis les mauvaises notes jusqu'à la violence en passant par les grossesses adolescentes. Mais il n'y a aucune preuve qu'améliorer l'estime de soi aide à régler ces problèmes».

Son co-auteur rappelle que le problème n'est pas tant d'avoir une haute estime de soi, mais de vouloir à tout prix l'augmenter:

«Quand les gens accordent une valeur très importante à l'estime de soi, ils peuvent éviter de reconnaître une erreur qu'ils ont faite par exemple. Admettre qu'on a tort peut être inconfortable pour son estime de soi sur le moment, mais au final ça pourrait ammener à un meilleur apprentissage, à de meilleures relations, et même à une meilleure estime de soi.»

Photo: Success! Undergrad graduation by mOOby via Flickr CC License By

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