Culture

Deux scènes de cunnilingus au cinéma font débat aux Etats-Unis

Slate.fr, mis à jour le 01.01.2011 à 13 h 14

Deux films qui font parler d'eux à l'approche des nominations aux Oscars, deux films qui partagent une scène très sexy de cunnilingus tout aussi peu explicites l'une que l'autre, et pourtant deux films qui ont reçu des visas d'exploitation complètement différents aux Etats-Unis: d'un côté Black Swan montre Mila Kunis (oui. Kunis.) faisant un cunnilingus à Natalie Portman et s'en sort avec un visa R (les gens de 17 ans et moins doivent être accompagnés par des personnes majeures pour voir le film), de l'autre Ryan Gosling exerce ses talents sur Michelle Williams dans Blue Valentine, et le film obtient un visa NC-17 (les gens de 17 ans et moins ne peuvent en aucun cas le regarder) .

Ces quelques lettres de différences feront que Black Swan sera projeté dans presque tous les cinémas du pays au contraire de Blue Valentine puisque de nombreuses chaînes de cinéma ont comme politique de ne pas projeter de films classés NC-17, explique le Los Angeles Time. Moins d'impact au box office et dans la culture = moins de chance d'être nommé aux Oscars. D'ailleurs, aucun film NC-17 n'a jamais gagné de prix à la cérémonie.

La MPAA, association interprofessionnelle en charge de délivrer ces visas d'exploitation, a refusé de commenter sa décision puisque la Weinstein Company, qui produit Blue Valentine, a fait appel. Dans les mots d'Harvey Weinstein, co-président de la société de production et déjà victime de la MPAA pour une scène du Discours d'un roi au langage salé:

«Bien que nous respections la MPAA, je pense qu'on peut tous s'accorder sur le fait que nous vivons avec un système de classification désuet, qui donne aux films ultraviolents, d'horreur ou de torture les mêmes visas que des films au langage soi-disant inapproprié»

Difficile de savoir à coup sûr pourquoi Blue Valentine et Black Swan n'ont pas reçu la même classification, mais tout le monde s'y essaye: le réalisateur de Black Swan Darren Aronofsky, qui avait reçu un visa NC-17 pour son Requiem for a Dream, pense que le visa vient peut être de la différence entre les deux scènes, avec celle de Blue Valentine plus «émotionnellement authentique». Mais il ne soutient pas du tout la politique de la MPAA, qu'il estime plus libérale envers la violence qu'envers le sexe et la nudité.

Si c'est bien l'authenticité émotionnelle qui a joué, le réalisateur de Blue Valentine a l'impression d'avoir été puni pour avoir fait un bon film:

«L'essence de notre film, c'est qu'il est intime et émotionnel et que le sexe ne paraît pas faux. C'est une relation honnête entre deux personnes, et on a l'impression que c'est vrai parce que j'ai des acteurs géniaux. C'est comme si la MPAA disait "Vos acteurs sont bons –mais ils sont trop bons"»

Mais Popeater avance une toute autre hypothèse: Black Swan a été produit par la Fox, l'un des six majors membres de la MPAA, alors que Blue Valentine est un film indépendant acheté par la Weinstein Company, qui ne fait pas partie de la MPAA. Or, un documentaire de 2006 portant sur les visas d'exploitation a montré que la MPAA a historiquement été plus indulgente envers les majors qui la composent qu'envers les indépendants qui n'en sont pas membres, mais doivent tout de même lui soumettre leur film s'ils veulent obtenir un visa considéré comme valide par les chaînes de cinéma.

Photo: l'affiche de Black Swan (DR).

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