Monde

Les jeunes de Gaza crient leur rage dans un manifeste

Slate.fr, mis à jour le 29.12.2010 à 12 h 36

«Merde au Hamas. Merde à Israël. Merde au Fatah. Merde à l'ONU et à l'Unrwa. Merde à l'Amérique ! Nous, les jeunes de Gaza, on en a marre d'Israël, du Hamas, de l'occupation, des violations permanentes des droits de l'homme et de l'indifférence de la communauté internationale»

Ainsi commence le «manifeste pour le changement» de la jeunesse de Gaza, posté sur la page Facebook du groupe Gaza Youth Breaks Out (GYBO) le 13 décembre 2010. Ce GYBO se présente comme «un mouvement pacifiste formé par des jeunes de Gaza et des sympathisants de partout ailleurs», qui disent avoir «trois exigences»: «être libres», «vivre normalement» et «la paix».

Traduit en français par Libération le 28 décembre, ce texte est présenté comme l'oeuvre d'un collectif de jeunes artistes et militants associatifs. Il exprime toute la colère, les peurs et les revendications des jeunes pris en étau entre la mer et le «mur de la honte» érigé par Israël:

«Nous voulons crier, percer le mur du silence, de l'injustice et de l'apathie de même que les F16 israéliens pètent le mur du son au-dessus de nos têtes, hurler de toute la force de nos âmes pour exprimer toute la rage que cette situation pourrie nous inspire.[...] Marre de cette vie de merde, emprisonnés par Israël, brutalisés par le Hamas et complètement ignorés par la communauté internationale»

Il dépeint leur vie cauchemardesque, coincés entre avions de chasse, checkpoints, miliciens et menace des missiles. Au quotidien, pour ces jeunes, il ne reste que la terreur: «Ici, à Gaza, nous avons peur d'être incarcérés, interrogés, battus, torturés, bombardés, tués». Depuis l'opération «Plomb durci», fin 2008, ils seraient même tous atteints du «syndrôme du stress post-traumatique» «parce qu'il n'y avait nulle part où fuir les bombes».

Le journaliste du Monde Gilles Paris explique sur son blog que «les parrains occidentaux de l'Autorité palestinienne installée à Ramallah (Etats-Unis et Union européenne) [...] ont passé provisoirement [la bande de Gaza] par pertes et profits, laissant les islamistes imposer leur férule. Israël et le Hamas ont installé depuis la fin de la guerre de décembre 2008-janvier 2009 une règle du jeu tacite qui préserve leurs intérêts». La population civile se retrouve ainsi prise entre deux feux.

L'appel s'indigne notamment de la fermeture forcée de l'ONG Sharek Youth Forum par des miliciens du Hamas, qui auraient emprisonné et battu plusieurs personnes par la même occasion, il y a quelques semaines. Il est révélateur que le manifeste commence par «merde au Hamas» et taxe le mouvement islamique de «cancer malveillant» et ses membres de «barbus qui se pavanent avec leurs flingues et passent à tabac ou emprisonnent les jeunes qui ont leurs idées à eux». Une preuve de plus que l'organisation armée se fait rejeter par au moins une partie de la jeunesse au sein même de son fief historique.

Une question demeure: qui sont exactement les acteurs de ce collectif? Combien sont-ils et d'où sortent-ils exactement? S'il n'y a pratiquement pas d'informations sur ce mouvement pour le moment —et les raisons de ce secret paraissent compréhensibles— cela n'enlève rien à la force de ce manifeste, comme le conclut Gilles Paris:

«Combien pèse GYBO à ce jour? Nul ne le sait, mais son cri de rage mérite d'être écouté»

Photo: free gaza, par ms.donnalee/donna cleveland via Flickr CC License by

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte