Pourquoi les noms de médicaments commencent par un «x» ou un «z»?

Si les noms Xeloda, Xyzal, Zyrtec, Xanax, Fervex ou encore Zestril vous évoquent des noms de planètes ou de héros de science-fiction, c'est que vous n'avez pas fichu les pieds dans une pharmacie depuis au moins une vingtaine d'années. En effet, de plus en plus des médicaments contiennent un «x» ou un «z» dans leur marque.

Le chercheur anglais Rob Stepney a passé en revue les 1436 médicaments déposés au British National Formulary (l'organisation qui fournit des informations médicales aux Royaume-Uni) entre 1986 et 2004 et s'est apperçu qu'un cinquième de leurs noms contenaient un «x» ou un «z». Evolution la plus surprenante, le nombre de médicaments commençant par la lettre «z» a augmenté de 400% depuis 1986 (et surtout après 1996). Quelle mouche donc a transmis aux laboratoires pharmaceutiques le virus du «z»? L'explication avancée: cette lettre fonctionne bien au Moyen-Orient, le marché qui a le plus explosé au niveau de la santé ces dernières décennies. L'article rappelle que ce sont justement des scientifiques arabes qui ont popularisé des termes comme «zénith», «azimut» ou encore «zodiac».

Quant au «x», sa présence est devenue plus fréquente de 130% en une vingtaine d'années. Probablement car il représente l'inconnu en mathématiques, et s'est retrouvé associé depuis plusieurs dizaines d'années au progrès médical —notamment à cause des rayons X («X-rays» en anglais). D'où le sentiment d'un effet très efficace (pensez par exemple aux chromosomes X ou encore aux superhéros mutants X-Men).

Hypothèse plus pragmatique, ces deux lettres permettent de rendre son nom de médicament plus visible sur une étagère de pharmacie. Déjà, leur graphie les rend plus visibles, mais en plus ce sont des lettres peu fréquentes dans l'alphabet anglais —et cette observation vaut aussi pour le français. Au Scrabble british, le «x» vaut 8 points et le «z» 10 points, sachant que les deux lettres comptent pour 10 points dans la version française du jeu (tout comme le «k», le «w» et le «y»). Ainsi, avoir ces lettres dans le nom d'un médicament donne l'impression qu'il est exceptionnel.

Le monde des noms de produits pharmaceutiques étant extrêmement régulé, ils ne doivent pas vanter les vertus exceptionnelles d'un médicament. Le défi pour une marque revient donc à se donner une image spéciale par d'autres moyens que le nom «Antidoulor» ou «Miraclex». C'est sûrement la raison majeure pour laquelle les lettres «x» et «z» sont devenues un stratagème si répandu dans ce secteur, selon Rob Stepney.

Le chercheur avance aussi la possibilité que ces noms soient plus faciles à prononcer, ce qui vaut probablement plus pour les Anglais que pour les Français. Par exemple, Zyprexa n'est pas le mot le plus aisé à prononcer à la française (notamment pour les gens qui ont un cheveux sur la langue...). Par contre, il se mémorise relativement bien.

Enfin, plusieurs médicaments contenant ces lettres ont rencontré un énorme succès dans les années 1980, ce qui a sûrement contribué à les populariser. L'antiherpès Zovirax a fait le succès du laboratoire Wellcome, en devenant en 1985 le premier «blockbuster», c'est-à-dire médicament à rapporter plus d'un milliard de dollars par an. Puis le Zantac (la marque la plus célèbre de ranitidine) est devenu le produit pharmaceutique le plus vendu en 1986. Durant ses vingt première années d'usage, il aura calmé les estomacs de 200 millions de personnes.

Reste à savoir si cette mode des noms en «x» et «z» n'a pas fini par avoir un effet contraire à celui recherché, comme le pense le blog The Neurocritic, qui commente l'étude:

«La course a la distinction a débouché sur une surpopulation de certaines lettres. Le marché a fini par être saturé de marques en "x" et "y", ce qui peut porter à confusion»

Photo: drug companies to collaborate on Alzheimer disease/opensourceway via Flickr CC License by