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Polygamie ou alcool, il faut choisir

Slate.fr, mis à jour le 28.12.2010 à 11 h 17

Comment expliquer le fait que deux des régions ou communautés les plus connues aujourd’hui pour leur pratique de la polygamie —certains pays musulmans et la communauté mormone aux Etats-Unis— sont également connues pour interdire la consommation d’alcool? L’Association américaine des économistes du vin (AAWE) vient de publier une étude sur le sujet intitulée Women or Wine? Monogamy and Alcohol («Des femmes ou du vin? Monogamie et alcool»). Les deux auteurs, Mara Squicciarini et Jo Swinnen, économistes à l’université de Louvain (Belgique), y étudient sur trente pages cette coïncidence «intriguante».

Ils analysent l’institutionnalisation parallèle de la monogamie depuis l’Antiquité et l’évolution de la consommation d’alcool, marquée par une «nette hausse, spécialement parmi les couches populaires» à partir de la Révolution industrielle. Ils mènent ensuite une étude statistique historique à partir de plusieurs indicateurs sur un échantillon de sociétés pré-industrielles, et en concluent à une «corrélation positive entre la monogamie et la consommation d’alcool (et spécialement entre la monogamie et l’ivresse)».

Ils s’intéressent, enfin, aux causes «plus fondamentales» qui pourraient expliquer cette évolution parallèle, comme la structure de l’économie: les sociétés de chasseurs buvaient plus et pratiquaient moins la polygamie que les sociétés agricoles, plus prospères, organisées et hiérarchisées; un phénomène proche a été observé quand on est passé d’une société agricole à une société industrielle plus individualiste et instable.

Des conclusions qui laissent de côté une question provocante que l’économiste américain Stephen J. Dubner a posé sur son blog Freakonomics à un des auteurs:

«Postuleriez-vous que la consommation d’alcool est un moyen de préserver la monogamie dans une culture qui la pratique déjà?»


—Notre hypothèse dans l’étude est que la corrélation est "fallacieuse" dans le sens où nous ne trouvons pas de preuves d’une causalité directe entre les deux, mais d’autres facteurs qui affectent à la fois la consommation d’alcool et le passage de la polygamie à la monogamie.»

Conclusion amusée de Dubner: «si vous débouchez une bouteille avec votre chéri(e) cette semaine pour célébrer le Nouvel An, vous pourrez vous demander: est-ce que nous buvons parce que nous sommes monogames, ou est-ce que nous sommes monogames parce que nous buvons?».

Photo: une vieille campagne américaine contre la consommation d'alcool (DR).

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