Monde

Côte d'Ivoire: Gbagbo crie au complot franco-américain

Slate.fr, mis à jour le 27.12.2010 à 16 h 49

Alors que l'organisation des pays de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) menace d'intervenir militairement en Côte d'Ivoire si Laurent Gbagbo ne quitte pas le pouvoir, le président sortant s'exprime dans Le Monde et Le Figaro sur les élections du 28 novembre. Deux interviews dans des quotidiens français pour accuser la France et les Etats-Unis d'ourdir un complot contre son camp. D'après lui, les deux pays exercent des pressions «énormes» sur les dirigeants africains, notamment ceux de la Cédéao et l'Union africaine, pour «installer Ouatarra au pouvoir».

Laurent Gbagbo rejette ainsi l'avis de la Commisssion électorale indépendante (CEI), qui ne serait qu'un pantin des puissances étrangères. Dans sa version des faits, telle qu'il l'expose au Monde, elles sont intervenues dès le processus d'annonce des résultats du deuxième tour:

«L'ambassadeur de France et l'ambassadeur des Etats-Unis vont chercher Youssouf Bakayoko, président de la CEI, et l'amènent à l'hôtel du Golf, qui est le quartier général de mon adversaire. On apprend qu'il y a une télévision étrangère sur laquelle aurait été donné le résultat qui donne Ouattara vainqueur. Le président du Conseil constitutionnel [...] décide que Gbagbo Laurent est élu président de la République. A partir de ce moment-là, Français et Américains disent: non, nous c'est Ouattara que nous reconnaissons. C'est tout ça qu'on appelle le complot»

Pour Laurent Gbagbo, les Etats-Unis et la France «poussent à l'affrontement interne», ce qui pourrait se concrétiser en cas d'attaque militaire. Dans Le Monde, il va jusqu'à justifier une possible «guerre civile» par la défense des institutions nationales et des «règles en vigueur en Côte d'Ivoire». Au contraire, dans les deux interviews, il pointe le fait que les puissances étrangères n'ont pris aucune sanction contre ses «agresseurs» en 2002, lors du coup d'Etat manqué contre son gouvernement.

Il minimise cependant la possibilité d'une attaque militaire de la part des pays africains, même si les choses peuvent toujours «déraper». Son argument, un tantinet cynique, tel qu'il le présente au Figaro: personne n'a jamais vu un pays du continent engager un conflit armé pour le bon déroulement du processus démocratique.

«... en Afrique, ce serait bien la première fois que des pays africains seraient prêts à aller en guerre contre un autre pays parce qu'une élection s'est mal passée! Regardez un peu la carte de l'Afrique, regardez où ça se passe plus ou moins bien, ou plus ou moins mal, et regardez là où il n'y a pas d'élection du tout. Si on devait aller en guerre dans tous ces cas-là, je crois que l'Afrique serait perpétuellement en guerre. Donc je prends au sérieux les menaces mais je reste tranquille»

C'est en tous cas la ligne qu'il devrait continuer de tenir mardi 28 décembre lors de la visite d'une délégation de chefs d'Etat de la Cédéao. A Abidjan, les présidents béninois, sierra-léonais et cap-verdien tenteront de négocier son départ. Une médiation diplomatique délicate que le quotidien ivoirien Nord-Sud qualifie déjà d'«échec». 

Photo: Laurent Gbagbo en novembre 2010. REUTERS/Luc Gnago.

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte