Monde

Nostalgie et Guerre de Sécession en Caroline du Sud

Temps de lecture : 2 min

Lundi 20 décembre, pour célébrer les 150 ans de la sécession de la Caroline du Sud, un bal est organisé dans l'auditorium de Charleston. Entre 300 et 400 convives se sont déplacés, habillés en costume d'époque. Chacun a payé 100$ (soit 76,50€) sa place pour assister à la fête. En face, une petite centaine de manifestants ont protesté contre cette initiative, rappelant que l'esclavage était une des raisons du litige qui opposait l'Etat sudiste à l'Union. Pour certains observateurs, ce micro-événement rejoindrait l'atmosphère actuelle de défiance vis-à-vis du système fédéral, alimentée entre autres par des groupes comme le Tea Party. Ce mouvement politique capable de promouvoir la rebellion face au gouvernement tout en conservant le soutien des Républicains.

En 1860 pourtant, la Sécession ne fait pas l'unanimité dans le 3e Etat le plus riche du pays. 57% des 703.000 habitants de l'Etat sont des esclaves. L'avocat et homme politique, James Petigru, chef de fil des opposants décrit la situation ainsi: «La Caroline du Sud est trop petite pour être une république et trop grande pour être un asile de fou.» Pourtant, au terme d'un vote sans appel (169 pour, 0 contre) l'Etat quitte la fédération et vient de déterrer les germes de la Guerre civile qui opposa pendant plus de 4 ans le Sud du pays au Nord.

Les organisateurs de la soirée prétendent que les bénéfices tirés de ce «gala de charité» permettront de préserver certains documents d'époque dans les archives nationales. D'autres parlent de provocation. Différents témoignages du bal sont recueillis par le Washington Post. Michael Givens, à la tête de la division des Fils de Vétérans Confédérés, indique que son association condamne l'esclavage et respecte le droit de la National Association for Advancement of Colored People (NAACP) à protester.

«Nous ne célébrons pas la Guerre Civile. Uniquement le courage de 170 personnes qui ont apposé leur signature à l'article de la Sécession. C'est un geste plein de bravoure.»

D'autres voix concordent: «On en est fier. C'est dans notre ADN. Et puis les protestations nous ont aidé à vendre plus de billets.» Givens confie au Guardian, avant de rejoindre les chorales au son de Dixie Land (surnom donné au Sud) :

«Nous ne célébrons pas l'esclavage mais la tenacité des gens qui étaient prêts à défendre leur maison.»

Randy Burbage du Fond d'Héritage Confédéré déclare:

«Il est difficile de juger cette situation avec les standards d'aujourd'hui. Je pense que l'esclavage est une abomination. Mais cela fait partie de l'histoire. C'était légal à l'époque. Je ne suis pas d'accord avec cette loi, mais elle existait.»

Du côté de la NAACP, le Révérend Joseph A. Darby et vice-président de la branche locale est catégorique.

«C'est dégoûtant. Ils tentent de reléguer la question de l'esclavage au rang de raison subsidiaire à leur déclaration de guerre.»

Il assure aussi que célébrer la Guerre de Sécession au moment où la Caroline du Sud est en proie à de sérieux problèmes de disparités entre noirs et blancs au niveau de l'emploi et de l'éducation n'est pas très judicieux. Le pasteur Nelson Rivers se pose la question:

«Qu'arriverait-t-il si les Américains d'origine japonaise décidaient d'organiser une fête en honneur de Pearl Harbor?»

Photo: Abraham Lincoln / Cliff1066 CC License by

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