France

Policiers menteurs: Michel Mercier soutient les juges contre Brice Hortefeux

Slate.fr, mis à jour le 12.12.2010 à 10 h 39

Après que la justice a condamné à des peines de six mois à un an de prison fermes 7 policiers, reconnus coupables de «dénonciation calomnieuse» et de «faux en écritures» pour avoir menti en accusant un suspect qu'ils poursuivaient en voiture d'avoir percuté un policier –d'autres policiers à bord d'une seconde voiture étaient en fait à l'origine de l'accident–, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a déclaré ce vendredi 10 décembre:

«Ce jugement, dans la mesure où il condamne chacun des sept fonctionnaires à une peine de prison ferme, peut légitimement apparaître, aux yeux des forces de sécurité, comme disproportionné [...] Notre société ne doit pas se tromper de cible: ce sont les délinquants et les criminels qu'il faut mettre hors d'état de nuire.»

Devant la consternation des magistrats face à l'ingérence de l'Intérieur dans une affaire judiciaire, le ministre de la Justice Michel Mercier a accordé une interview au Parisien, dans laquelle il appelle au calme «tous ceux qui ne sont pas calmes» et rappelle au passage qu'aucun des prévenus policiers ne contestent les faits commis.

Quant aux déclarations de son collègue de l'Intérieur, elles n'ont pas surpris Michel Mercier, qui ajoute:

«Je rappelle simplement que lui n'est pas ministre de la Justice, mais qu'il est chargé des policiers. Pour le reste, je ne vais pas commenter les déclarations de mon collègue.»

Il a répété sa considération pour les magistrats, qui «effectuent leur travail avec sérieux et responsabilité», sans laxisme, et noté que la Seine-Saint-Denis –où se sont déroulés les faits– «est un département où les policiers comme les juges travaillent dans des conditions très spécifiques. C'est pourquoi ils doivent être encore plus irréprochables qu'ailleurs».

Les déclarations des syndicats de police condamnables?

L'avocat-blogueur Maître Eolas s'est quant à lui intéressé aux déclarations des syndicats de police, qui ont tous dénoncé la décision de justice, et plus particulièrement au communiqué rédigé par Synergie Officiers.

Il commence d'abord par citer le Code pénal qui dit que:

«Le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ou à son indépendance est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende.»

Avant de donner à lire le communiqué de Synergie Officiers, où le syndicat qualifie notamment la peine prononcée par les juges de «décision syndicale (pour ne pas dire politique...) déguisée en acte juridictionnel», et accuse le tribunal d'être «connu pour receler les pires idéologues de la culture de l'excuse quand il s'agit de remettre dehors à tour de bras les trafiquants de stupéfiants, braqueurs, auteurs de tentatives d'homicide, etc.»

Le blogueur rappelle qu'en se consultant et décidant collectivement de déclarer que le conducteur du véhicule en fuite avait volontairement renversé le policier, les officiers l'ont accusé de tentative d'homicide sur fonctionnaire de police, un crime passible de la perpétuité, avant de conclure pince-sans-rire:

«Je suis naturellement solidaire de ces policiers face à l'acharnement de la justice à leur encontre. Si on ne peut plus accuser un innocent d'un crime passible de la perpétuité pour couvrir les conneries d'un collègue, où va la République ? En plus, si j'en crois ce communiqué, ils étaient sincèrement convaincu que cet innocent accusé par eux allait être remis dehors à tour de bras. Comme quoi ils étaient de bonne foi.»

Photo: Brice Hortefeux / REUTERS

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