Economie

Après un général, Rolling Stone a-t-il eu la peau d'un patron?

Slate.fr, mis à jour le 07.12.2010 à 17 h 28

Après le commandant des forces alliées en Afghanistan Stanley McChrystal cet été, Rolling Stone a-t-il eu la peau d’une autre personnalité américaine? Vendredi 3 décembre a été annoncée la démission de Don Blankenship, le méconnu patron de la société Massey Energy, dont l’explosion d’une mine a causé en avril 29 morts, la pire catastrophe minière des Etats-Unis depuis quarante ans. Le dirigeant était qualifié une semaine plus tôt de «seigneur noir du pays minier» par le magazine dans un portrait-fleuve, où l’on pouvait lire dans les premières lignes:

«A moins que vous ne viviez en Virginie-Occidentale, vous n’avez probablement jamais entendu parler de Don Blankenship. Vous ne savez sans doute pas qu’il a grandi dans les mines de charbon de l’Etat, a passé un diplôme de comptabilité dans une université locale puis, grâce à un mélange de chance, de travail acharné et de cruauté glaciale, s’est transformé en symbole de tout ce qui marche de travers dans l’économie et la politique de l’énergie en Amérique aujourd’hui —un homme qui poursuit ses seuls intérêts et appelle cela du patriotisme, qui achète les juges comme des prostituées bon marché, traite ses employés comme des chiens, pulvérise des montagnes pour en tirer quelques centimètres de charbon et utilise son argent et son influence pour s’assurer que le pays demeure esclave de cette idée du XIXe siècle selon laquelle brûler du charbon équivaut à un progrès. Pour tout cela, il gagne 18 millions de dollars par an —c’est le PDG le mieux payé du secteur— et s’envole pour les vacances vers la Riviera.»

La suite était du même tonneau, expliquant que Blankenship «croit que Dieu a mis le charbon dans le sol afin qu’il puisse l’extraire», qu’il assimile les politiques environnementales à du «socialisme», que les activités de son entreprise auraient empoisonné les cours d’eau de l’Etat et violé les règles environnementales et qu’il aurait dépensé des millions de dollars pour faire élire des juges favorables à ses vues.

Felix Salmon, un blogueur de l’agence Reuters, s’interrogeait donc dimanche:«Rolling Stone peut-il revendiquer le scalp de Blankenship?» Il notait que le journaliste avait posé ouvertement la question de la démission du patron à un grand actionnaire du groupe, qui lui avait répondu positivement. Dans une introduction à la version en ligne de l’article, le magazine explique lui désormais qu’«on ne sait pas clairement si Blankenship a été évincé», mais souligne qu’une publication spécialisée du secteur minier a rapproché les destins du patron et du général McChrystal.

Don Blankenship, pour qui une annonce parodique de recherche d’un remplaçant circule désormais sur Craigslist, se retrouve en tout cas maintenant en bonne compagnie dans le club des patrons sulfureux. Samedi, le New York Times publiait un erratum concernant le compte-rendu d’une soirée de la haute société, où avait été mentionné parmi les invités «Lloyd Blankenship»: il s’agissait en réalité de Lloyd Blankfein, le patron de la très polémique banque d’affaires Goldman Sachs.

Photo: Don Blankenship, le 6 avril 2010, après la catastrophe minière de Montcoal. REUTERS/Michael Munden.

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