Culture

David Cameron n'a pas le droit d'aimer les Smiths

Temps de lecture : 2 min

Habituellement, les musiciens cherchent à attirer les fans; Johnny Marr, lui, cherche à se débarrasser d’un. «David Cameron, arrête de dire que tu aimes les Smiths, ce n’est pas le cas. Je t’interdis de les aimer», a lâché à l'adresse du Premier ministre britannique l'ancien guitariste des Smiths sur son compte Twitter ce jeudi 2 décembre.

«Les politiques et la musique n’ont jamais constitué des compagnons de lit très assortis, particulièrement quand ils sont conservateurs», affirme le Guardian, qui rapporte l’histoire. Et particulièrement quand il s’agit des Smiths, dont le leader, le chanteur Morrissey, s’était distingué par une série de déclarations fracassantes sur Margaret Thatcher au milieu des années 80. Il avait d’abord déclaré à Rolling Stone que Margaret Thatcher «pouvait être détruite» et qu’il suffisait pour cela qu’existe «un Sirhan Sirhan», du nom de l’assassin de Robert Kennedy, puis il avait déclaré au Melody Maker que ce qui le chagrinait dans l’attentat à la bombe de Brighton contre le congrès des conservateurs était «que Margaret Thatcher s’en soit tirée indemne». Enfin, il avait gravé ses opinions sur un disque en enregistrant en 1988, pour son premier album solo Viva Hate, une chanson intitulée «Margaret on the Guillotine», qui commençait par les mots suivants: «The kind people have a wonderful dream/Margaret on the guillotine» («Les gens bien font un rêve merveilleux/Margaret sur la guillotine»).

Ces attaques n’ont pas empêché David Cameron de vanter régulièrement son penchant pour les Smiths. En 2004, alors qu’il n’était pas encore leader des conservateurs, il avait expliqué trouver des disques «dépressifs» comme ceux des Smiths ou de Pulp «étrangement revigorants». En juillet 2008, il avait offert à Barack Obama, alors en campagne, des CD des Smiths, de Lily Allen, de Radiohead et de Gorillaz. En février 2009, il avait à nouveau fait part de son amour pour le groupe, suscitant une réponse très méfiante de Morrissey. Pendant la campagne électorale du printemps, c’est un autre musicien, le batteur de Blur Dave Rowntree, candidat (malheureux) aux législatives, qui lui avait fait un procès en récupération en le qualifiant de «touriste des Smiths».

Ces échanges acerbes entre le groupe, ses fans et les conservateurs ne veulent cependant pas dire que le terrain de la pop britannique est conquis d’avance pour les travaillistes. Si les premiers mois de Tony Blair au pouvoir, en 1997, avaient suscité une brève lune de miel avec la britpop (avec notamment une visite à Downing Street de Noel Gallagher), elle avait vite pris fin. Quelques mois plus tard, en 1998, le NME, l’hebdo musical le plus lu du royaume, titrait en-dessous d’une photo de Blair: «Ever had the feeling you’ve been cheated?» («Jamais eu le sentiment de vous faire avoir?»).

Photo: détail de la pochette de la compilation Sound of the Smiths (DR).

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