Monde

Borat, version kazakh

Slate.fr, mis à jour le 25.11.2010 à 12 h 21

En 2006, le monde entier rigolait en regardant Borat. Au Kazakhstan, on avait moins apprécié la blague. Le gouvernement avait même censuré le film de Sacha Baron Cohen. Aujourd’hui, Borat revient, mais cette fois-ci, version kazakh: Mon frère, Borat.

L’idée vient du cinéaste Erkin Rakishev, l’un des plus connus au Kazakhstan. En mettant en scène un journaliste américain qui part à la recherche des véritables personnages du film Borat, Erkin compte laver l’honneur des Kazakhs.

«Récemment, des amis qui jouent au waterpolo m’ont raconté une histoire. A un championnat international, les pays étaient annoncés: Suède, Angleterre... et quand ça a été au tour du Kazakhstan, l’audience a commencé à rigoler. Donc vous voyez: nous étions fiers d’être kazakhs, aujourd’hui nous avons honte.»

Le film Borat a été à la fois une bénédiction et une malédiction pour le Kazakhstan, explique un journaliste de Radio Free Europe: une bénédiction parce que cela a permis de faire connaître mondialement ce petit pays situé au Sud de la Russie, en Asie centrale: le tourisme a connu un pic sans précédent. Mais Borat a aussi été dévastateur pour l’image des Kazakhs, qui sont dépeints dans le film comme «des sauvages, des barbares et presque des animaux», accuse News Ru.

Dans sa version de Borat, le cinéaste Erkin Rakishev met en scène un journaliste américain -John- qui, après avoir vu le film de Sacha Baron Cohen, décide de partir à la découverte du Kazakhstan. Première surprise: quand il arrive dans le supposé village natal de Borat (situé en réalité en Roumanie), «il trouve, au lieu de huttes de paysans pauvres, une ville moderne et confortable», raconte News Ru. Au fil de ses péripéties, John fait connaissance avec le frère de Borat, Bilo, interné dans un hôpital psychiatrique en compagnie de... Saddam Hussein et Georges Bush.

Voici un reportage sur le tournage du film:

Erkin Rakishev admet que son film se sert des mêmes ressorts humoristiques que ceux de Borat. C’est-à-dire des gags et des blagues potaches pas toujours très fines. «Mais, contrairement au film original, nous n’allons pas descendre à un niveau d’humour si pipi-caca», promet-il à BBC News.

Pour le cinéaste kazakh, c’est certain, son film aura autant de succès que Borat, qui a remporté 128 millions d’euros au box-office. «Vous savez, ces trois dernières années, j’ai fait six films au Kazakhstan et je peux vous dire qu’ils sont très populaires, ils sont devenus des hits instantanés», explique à BBC News Erkin Rakishev, qui est aussi convaincu que son film sera diffusé aux Etats-Unis et que Sacha Baron Cohen le verra.

Seule ombre au tableau: le comédien britannique Sacha Baron Cohen pourrait très bien intenter un procès à Erkin pour plagiat. «Oui, ils peuvent aller au tribunal et même gagner le procès», admet le cinéaste kazakh. «Mais il perdrait quelque chose d’autre: la guerre de l’information. Hollywood, 20th Century Fox et Borat, je les mangerai tous crus!» Pour faire peur à «l’autre Borat», Erkin Rakishev menace de réaliser d’autres films sur d’autres personnages de la famille de Borat. Bientôt sur vos écrans, l’humour kazakh.

Photo: capture d'écran de la vidéo «A Close-up on Kazakhstan in New "Borat" Film», de Radio Free Europe

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