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Sida: le Truvada, un médicament préventif, une polémique en devenir

Slate.fr, mis à jour le 24.11.2010 à 9 h 21

- Journée mondiale du sida, le 1er décembre 2009 à Chengdu, en Chine. REUTERS. -

- Journée mondiale du sida, le 1er décembre 2009 à Chengdu, en Chine. REUTERS. -

Peut-on, chez des homosexuels masculins prévenir la contamination par le VIH avec des médicaments antirétroviraux? Telle était la question pratique au centre d’une étude internationale baptisée iPrePEx (pour  Preexposure Chemoprophylaxis for HIV Prevention in Men Who Have Sex with Men Initiative) dont les résultats ont été publiés mardi 23 novembre sur le site du New England Journal of Medicine.

Après feu vert des autorités éthiques compétentes, ce nouvel essai a été conduit dans six pays (Pérou, Equateur, Afrique du Sud, Brésil, Thaïlande et Etats-Unis)  auprès de 2.499 homosexuels séronégatifs âgés de 18 à 67 ans. La moitié des volontaires étaient invités à prendre  quotidiennement un comprimé (dénommée Truvada) constitué de l’association de deux antirétroviraux;  l'autre moitié prenait un comprimé-placebo. Cofinancée par les Instituts nationaux américains de la santé et la Fondation Bill et Melinda Gates, cette étude a duré en moyenne quatorze mois.

Au total, les chercheurs ont recensés 100 cas d’infections par le VIH: 36 chez les 1.251 personnes du «groupe Truvada» et 64 parmi les 1.248 du «groupe placebo». Des chiffres qui correspondent, statistiquement à une réduction du risque d'infection de 43,8% grâce au Truvada. Il faut en outre observer que les personnes qui ont pris le Truvada pendant au moins 90% des jours de l'étude, le risque d'infection a été réduit de 72,8% , la proportion pouvant aller, dans le meilleur des cas, jusqu’à 92%.

«Ces résultats sont la première preuve du concept que les antirétroviraux par voie orale peuvent être envisagés comme un outil additionnel de prévention chez les homosexuels», estime l'Agence nationale française de recherches sur le sida (AnRS).  Un tel «outil» pourrait s’ajouter aux préservatifs et à la circoncision.

Pour autant ces résultats sont très diversement commentés par les spécialistes de la lutte contre le sida. Pour certains (en particulier dans le monde anglo-saxon), il s’agit là d’une «excellente nouvelle». D’autres apparaissent nettement plus réservés. Ils observent que l’on ignore tout de l’impact à long terme d’une prise quotidienne de ces deux antirétroviraux. Ils s’inquiètent aussi des conséquences  sur les autres infections sexuellement transmissibles qui favorisent l'infection au VIH.

Mais la principale critique concerne les difficultés rencontrées dans la prise quotidienne des médicaments et plus encore le sentiment de fausse sécurité qu’il pourrait donner.  «92%, ce n'est pas dans la “vraie vie”, le vrai chiffre-clé, c'est 44%», précise le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'AnRS qui rappelle que la quasi-totalité des personnes infectées dans le «groupe Truvada» ne prenaient pas correctement le traitement préventif. L'association Aides observe les lourdeurs d'une stratégie préventive qui impose à des séronégatifs un traitement continu.

«Une question concerne la façon dont une telle étude sera interprétée, note le journaliste Jean-Daniel Flaysakier sur son Blog santé de France 2. A un moment où il se confirme que les comportements à risque reprennent de plus belle dans certains milieux gays, une telle étude peut générer le sentiment qu’il existe un traitement préventif et qu’on peut encore un peu plus baisser la garde.»

D’ores et déjà des personnes séronégatives ont recours aux antirétroviraux — achetés via internet – imaginant ainsi se protéger en faisant l’économie du recours aux préservatifs.

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