France

Sarkozy et le journaliste «pédophile»

Temps de lecture : 2 min

Nicolas Sarkozy s'est une nouvelle fois énervé face à des journalistes, vendredi soir à Lisbonne, en marge du sommet de l'Otan. Au cours d'une rencontre informelle avec les envoyés spéciaux, le président de la République, interrogé à propos des soupçons qui pèsent sur lui dans l'affaire Karachi, a demandé à un journaliste comment il réagirait s'il était accusé de pédophilie, révèle L'Express.fr.

Sur leJDD.fr, le journaliste Bruno Jeudy raconte l'épisode en détails. Après avoir affirmé n'avoir «aucun souvenir» d'avoir autorisé, en 1994, la création de deux sociétés au Luxembourg par lesquelles auraient transité des rétrocommissions, Nicolas Sarkozy, relancé par un journaliste, s'emporte:

«Mais écoutez, on est dans un monde de fous. Il n'y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétro-commissions sur des sous-marins au Pakistan? C'est incroyable et ça devient un sujet à la télévision. Et vous, j'ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l'a dit? J'en ai l'intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier? Et ça devient "je ne suis pas pédophile". Mais attends. Faut être sérieux quand même. Soit vous avez quelque chose et dans ce cas-là j'y réponds bien volontiers. Soit vous avez rien et parlez-moi de choses intéressantes...»

Le conseiller de presse du chef de l'Etat, Franck Louvrier, lui rappelle alors qu'il doit partir dîner. Mais Nicolas Sarkozy semble décidé à poursuivre sa mise au point. «J'espère qu'on vous a pas coupé l'appétit», lui lance un journaliste. «Mais non. C'est sans rancune, hein, le pédophile», répond le président avant de passer à un autre sujet. Après une douzaine de minutes de «off», il conclura pourtant la rencontre par un: «Amis pédophiles, à demain!»

Selon L'Express.fr, la conversation a été enregistrée sur le circuit interne du sommet de l'Otan. L'Elysée aurait cependant fortement insisté pour que les bandes audio soient intégralement effacées.

Cela n'a pas empêché la plupart des sites d'information et l'AFP, dans la foulée de L'Express.fr et Mediapart, de relayer les propos du président de la République. Tous les journalistes n'ont cependant pas brisé le «off». Ainsi, dans un article sur l'affaire Karachi publié dans Le Monde (accès payant) lundi après-midi, Arnaud Leparmentier ne glisse qu'une allusion à cet incident. Il évoque en effet un «entretien "off" de M. Sarkozy avec les journalistes à Lisbonne, en marge du sommet de l'Otan, pour s'expliquer dans des termes parfois outranciers mais sans s'exposer publiquement».

Mardi matin, Arnaud Leparmentier s'explique dans un billet posté sur son blog. «Dans le cas d'espèce, il n'y avait pas d'information», affirme-t-il:

«Sur le papier, la règle du “off” est claire: les propos ne peuvent pas être reproduits. Quelques medias - qui n’étaient pas présents - ont diffusé ces propos. J’ai choisi de ne pas les reproduire dans Le Monde. (…) En réalité, le “off” de Nicolas Sarkozy ne valait pas tripette. Il ne faisait que reprendre dans les termes fleuris qui sont les siens le communiqué qu’il avait rédigé dans la journée et fait signer par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.»

A l'étranger, The Telegraph, notamment, se fait l'écho du coup de sang du président de la République. Le quotidien britannique souligne le caractère parfois brutal de Nicolas Sarkozy en rappelant son fameux «casse-toi pauv' con» de février 2008.

C'est lors du même sommet qu'a eu lieu l'étrange échange «agacé» entre Nicolas Sarozy et le président roumain, Traian Basecu (puis entre Traian Basecu et Silvio Berlusconi):

Mise à jour 14h20: billet d'Arnaud Leparmentier sur son blog

Photo: EPP Summit October 2010. European People's Party via Flickr, CC Licence By

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