Economie

L'Irlande, la Grèce et le Portugal ne paieront pas leurs dettes

Slate.fr, mis à jour le 18.11.2010 à 11 h 36

 Une bannière devant l'Acropole «Peuples d'Europe, levez-vous» Pascal Rossignol

Une bannière devant l'Acropole «Peuples d'Europe, levez-vous» Pascal Rossignol / Reuters

L'Allemagne est-elle en train de pousser les pays européens les plus fragiles financièrement et économiquement, les fameux PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Spain (Espagne)) à faire défaut sur leurs dettes. Un scénario catastrophe qui effraye toute la planète financière. C'est en tout cas la thèse exposée par deux experts parmi les plus réputés sur le site project-syndicate: Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI et professeur au MIT, et Peter Boone de la London School of Economics.

Ils ironisent sur le fait que le gouvernement allemand a beaucoup critiqué les pays considérés comme laxistes et irresponsables dans la gestion de leurs finances publiques et de leur dette, mais que son attitude mène ces mêmes pays au bord du gouffre. Berlin demande aujourd'hui la mise en place d'un mécanisme strict de financement des pays en difficulté de la zone euro et instaurant un nouveau système en 2013 leur permettant de restructurer leur dette. Il s'agit de gagner du temps, de rassurer le contribuable allemand et de faire partager la charge des mauvaises dettes en y associant notamment les prêteurs, à savoir le système bancaire et financier. Le coté pervers de ce mécanisme est qu'il peut conduire les pays en difficulté à choisir de faire défaut comme la moins mauvaise solution.

L'article de project syndicate souligne que lors du dernier épisode de défauts de paiement en chaîne de dette souveraine, en Amérique Latine dans les années 1970, les pays ont décidé de ne plus rembourser leurs dettes quand les coûts d'une défaillance devenaient moins lourds que ceux de continuer à payer. Il ne faut pas oublier que faire défaut revient à lâcher des créditeurs souvent étrangers et donc qui ne votent pas et ne pèsent pas sur le destin des gouvernements.

Pour Simon Johnson et Peter Boone, la perspective grandissante de défaillances est tout simplement en train d'assécher le marché obligataire européen et rien ne semble pouvoir plus enrayer une crise et ses effets dominos. Plus personne ne veut prêter de peur d'être contraint dans quelques semaines ou quelques mois de renoncer à une partie des intérêts et du capital. Le risque est que cela touche tous les pays européens ou presque, même ceux qui sont solides. La seule solution est pour la Banque centrale européenne (BCE) d'ouvrir les vannes et de faire comme la Réserve fédérale américaine (Fed) en rachetant la dette des Etats avec de la monnaie qu'elle crée et anticiper les échéances de 2013 pour les pays en difficulté en restructurant la dette de l'Irlande, de la Grèce, du Portugal, voire de l'Espagne ou de l'Italie.

Cet alarmisme n'est pas seulement le fait de Simon Johnson et Peter Boone. Matthew Lynn, chroniqueur de l'agence d'information financière Bloomberg, pointe lui aussi l'effet domino à l'œuvre et prévient qu'après la Grèce et aujourd'hui l'Irlande la défiance des marchés et des prêteurs gagnera les titres de dette du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie et… de la France. «La France a une économie plus forte que bon nombre de pays périphériques de la zone euro. Mais comme les protestions contre une une réforme modeste des retraites l'ont montré, aucune autre nation européenne reste aussi attachée à un système social coûteux et dépassé que les Français», écrit-il.

Le Financial Times met lui en avant la rancœur grandissante en Europe contre l'Allemagne dans un article accessible gratuitement via le site de la chaine de télévisions américaine CNBC. Le quotidien londonien souligne que les pays en difficulté de la zone euro ont le sentiment d'être mis dans une situation intenable par la chancelière Angela Merkel qui poursuit des objectifs de politique intérieure en voulant surtout rassurer le contribuable allemand.

Photo: Une bannière devant l'Acropole «Peuples d'Europe, levez-vous» Pascal Rossignol / Reuters

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