Monde

Le gouvernement Berlusconi dans une mauvaise passe

Slate.fr, mis à jour le 16.11.2010 à 14 h 40

La rébellion de Gianfranco Fini porte un coup dur au gouvernement Berlusconi: lundi 15 novembre, quatre ministres, proches du rival du cavaliere, ont présenté leur démission. Et si la démarche ne suffit pas à entraîner la chute du gouvernement de Silvio Berlusconi, liée à un vote de confiance au parlement, elle marque une nouvelle étape dans l'effritement de la coalition au pouvoir, explique l’Express.

Gianfranco Fini est en guerre ouverte avec le président du conseil italien depuis son exclusion du Peuple de la Liberté en juillet dernier. Le lendemain de son départ, Fini annonce la création d’un nouveau groupe parlementaire: Futur et Liberté pour l’Italie. Le divorce est consommé. Début septembre, dans un discours politique à Mirabello, l’ancien leader d’Alleanza Nazionale dresse un tableau noir du PDL, le parti de Silvio Berlusconi. Irrité, le président du conseil caresse l’idée des élections anticipées. Mais il n’en est rien, et la situation s’envenime: début novembre, dans un discours devant les membres de son nouveau parti, Gianfranco Fini appelle à la révision de l’agenda politique du PDL, sous menace de démission des secrétaires d'Etat issus de sa formation, explique Il Corriere della Sera. Une menace que Fini mettra à exécution.

Conséquence: Silvio Berlusconi est dans une situation délicate. S’il conserve la majorité au Sénat, le gouvernement pourrait être mis en minorité dans la chambre et chuter. Le PDL condamne ce départ: cité par Il Corriere della Sera, Maurizio Sacconi, ministre du Welfare, parle de «trahison». Pour Fabrizio Cicchitto, président du groupe parlementaire du Peuple de la liberté, il s’agit d’une «grave erreur politique».

Le président de la République a convoqué les présidents de la Chambre et du Sénat: «craignant une guerre de tous, Giorgio Napolitano veut exploiter autant que possible ses prérogatives», explique Il Sole 24 Ore.

En effet, la situation est compliquée: si la Ligue du Nord confirme sa loyauté au premier, Umberto Bossi se préoccupe surtout du destin du fédéralisme, mesure à lui très chère, et n’est donc pas opposé à l’hypothèse d’un nouveau gouvernement Berlusconi, avec un exécutif ouvert à Fini et peut-être même à Casini (leader du parti de centre-droit UDC). Une hypothèse pourtant écartée par le président du Conseil italien, explique Il Corriere della Sera.

Et puis, il y a le problème du budget 2011, qu’il faut voter en urgence. Dans une lettre aux présidents des deux chambres du Parlement, Berlusconi demande d'attendre que le budget soit définitivement adopté avant tout vote sur une motion de censure ou de soutien à l'exécutif, explique l’Express. Pour le cavaliere, ce vote est essentiel pour garantir «une stabilisation positive de notre cadre économique et financier».

«Malgré le sens de responsabilité générale, même ce point sera marqué par les tensions», déplore Il Sole 24 Ore. Les opposants de Berlusconi craignent en effet que le gouvernement ne retarde le vote afin de gagner du temps.

Quelle stratégie va donc adopter Silvio Berlusconi? Dans un éditorial paru dans La Stampa, le journaliste Marcello Sorgi explique que le premier a encore quelques flèches à son arc. Berlusconi est sûr de pouvoir gagner au Sénat, et croit pouvoir éviter le pire à la chambre. Voilà pourquoi, pour le journaliste, cette crise marque «le début d’une campagne qui dans les jours à venir, en attendant le vote du budget, sera conduite à tous les niveaux, porte à porte, député après député».

Autre flèche à l’arc de Berlusconi: pour Marcello Sorgi, le premier est convaincu qu’«il suffit de rester immobile pour arriver aux élections». Pour Sorgi, le cavaliere parie sur cela: Berlusconi penserait que «toute la confuse agitation de ses adversaires, au Parlement comme sur les plateaux télé, va jouer en sa faveur».

Photo: Silvio Berlusconi / la-moncloa.es via Wikimedia Commons CC

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