Culture

Avec Godard, les Oscars récompensent-ils un antisémite?

Temps de lecture : 2 min

Jean-Luc Godard est entré samedi 13 novembre au Panthéon d'Hollywood lors de la cérémonie des Governors Awards, en reçevant un Oscar d'honneur et l'hommage appuyé d'un parterre de stars, qui ont regretté son absence mais salué l'homme qui «a changé la façon de faire du cinéma». Cette récompense n'a pas fait que des heureux aux Etats-Unis ou Jean-Luc Godard est accusé d'antisémitisme.

Un «outrage» et une «lâcheté». The Daily Beast est mécontent de l’Oscar d’honneur qu’Hollywood s’apprête à décerner pour l’ensemble de sa carrière à Jean-Luc Godard, qui a récemment prévenu qu’il ne se rendrait pas à la cérémonie organisée le 13 novembre. Le chroniqueur Richard Cohen attaque «cet auteur de films surestimés et de déclarations antisémites trop négligées» et rappelle quelques-unes des polémiques qui ont jalonné sa carrière: le qualificatif de «sale juif» adressé au producteur Pierre Braunberger ou sa réaction au moment du massacre d’athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972, quand il avait déclaré qu'il aurait fallu «passer une image des camps palestiniens avant chaque finale». Mais il ne mentionne pas, en revanche, la phrase la plus controversée du réalisateur franco-suisse, dans un film consacré en 1970 aux fedayin palestiniens, Jusqu’à la victoire: «Les juifs font aux Arabes ce que les nazis ont fait aux juifs.»

Début octobre, le Jewish Journal, l’organe de la communauté juive de Los Angeles, consacrait sa couverture à cette polémique, sous la question «Jean-Luc Godard est-il antisémite?», à laquelle il donnait une réponse nuancée. Dans un article récent consacré au sujet par le New York Times, Phil Alden Robinson, un des responsables des Oscars, pointait lui que David W. Griffith, le réalisateur de Naissance d’une nation, film faisant l'éloge du Ku Klux Klan, avait reçu un Oscar d’honneur en 1936. Un argument inopérant selon Richard Cohen, selon qui le contexte n’était pas le même, cet Oscar ayant été remis à une époque où «la ségrégation était à la fois légale et généralisée».

Le sujet de l’antisémitisme supposé de Jean-Luc Godard était revenu dans l’actualité en début d’année avec la parution de la monumentale biographie d’Antoine de Baecque, qui consacrait plusieurs pages au sujet. Interrogé au moment de la sortie du livre par le journal suisse L’Hebdo, l’essayiste adoptait une position nuancée:

«Selon moi, la position de Godard n’est pas celle d’un antisémite. Il y a chez lui un antisionisme évident, né en 1967, après la guerre des Six-Jours, quand l’image d’Israël bascule. [...] Cette position propalestinienne, relativement banale dans les années 70, heurte aujourd’hui notre sensibilité. [...] La question juive est récurrente, mais elle relève plutôt de l’antisionisme.»

Photo: Jean-Luc Godard / James Stencilowsky via Flickr CC License by

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