Monde

Accord militaire: les inquiétudes britanniques

Slate.fr, mis à jour le 02.11.2010 à 14 h 29

Nicolas Sarkozy et David Cameron signent ce mardi, à Londres, un traité destiné à développer la coopération entre la France et le Royaume-Uni en matière de défense, rapporte Le Figaro. Ce texte acte un rapprochement dans presque tous les domaines militaires, notamment en termes de dissuasion nucléaire. L'accord prévoit ainsi une coopération dans la recherche nucléaire qui fera l'objet d'un traité particulier valable pour une durée de 50 ans.

Le rapprochement concernera aussi directement les troupes engagées sur les théâtres d'opération. Une force expéditionnaire commune devrait être créée et une coopération sera mise en place autour des porte-avions, permettant à des aéronefs britanniques de se poser sur le Charles-de-Gaulle et, inversement, à des avions français d'utiliser le futur porte-avions britannique à partir de 2020. Un renforcement des liens sur le programme A400M, les sous-marins nucléaires, les drones ou encore les missiles est également prévu.

Interrogé par Le Figaro, un responsable de l'Elysée se félicite de la portée inédite de ce traité:

«Le fait d'avoir trouvé un accord sur un sujet majeur comme le nucléaire militaire prouve un degré de confiance entre nos deux pays qui n'a jamais été égalé.»

En liant en partie le sort des défenses française et britannique, cet accord doit faire se retourner dans sa tombe le général de Gaulle, qui était très méfiant à l'égard des Anglais et soucieux de l'indépendance militaire de la France. Mais aujourd'hui, c'est surtout en Grande-Bretagne, pays très attaché à sa souveraineté nationale, que ce traité suscite une méfiance dont la presse britannique se fait l'écho.

S'il salue le fait que le gouvernement de David Cameron mette l'accent sur la coopération internationale, Jim Murphy, le responsable des questions de défense de l'opposition travailliste, souligne cependant que «les traités contraignants posent des questions importantes pour le gouvernement», se demandant si le Royaume-Uni entrait «dans une ère où nous sommes dépendants de nos alliés pour combler les lacunes de la politique de défense du gouvernement», rapporte la BBC.

Les journaux conservateurs, notamment le Daily Telegraph, insistent sur le fait que cet accord permettra à des Français de commander des troupes britanniques, dans le cadre de la force de réaction rapide qui devrait être créée.

Le Daily Mail, pour sa part, affirme que ce traité forcera la Grande-Bretagne à partager des secrets nucléaires «préservés depuis cinq décennies». Soulignant les motivations financières de cette alliance, qui permettra aux deux pays de réduire leurs dépenses militaires dans un contexte de rigueur budgétaire, le quotidien relaie les critiques selon lesquelles ce traité «rendra les Forces armées dépendantes de leurs rivaux historiques», rappelant les désaccords franco-britanniques sur les conflits en Irak en 2003 ou dans les îles Malouines en 1982.

Cet accord soulève enfin la question du projet d'une Europe militaire, régulièrement évoqué en France. Pour Le Figaro, «tout cela n'est censé être que la “première pierre” d'un projet qui pourrait un jour être encore plus ambitieux. Si d'autres pays européens se décidaient à rejoindre la locomotive militaire franco-britannique de l'Europe… »

Mais outre-Manche, où les eurosceptiques sont nombreux, peu de personnes l'entendent de cette oreille. Si bien que le Premier ministre David Cameron a dû rassurer les députés britanniques lundi:

«Pour ceux qui s'inquiètent que cela puisse mener à une sorte d'armée européenne, ce n'est pas l'objectif. L'objectif est de renforcer la capacité souveraine de deux pays ayant des points de vue similaires d'être en mesure de travailler ensemble.»

La signature de ce traité reste néanmoins une étape considérable dans les relations franco-britannique. Rappelons qu'il y a huit mois, les officiels britanniques refusaient encore toute alliance nucléaire, arguant qu'un tel partage de souveraineté serait politiquement inacceptable.

Photo: Le porte-avions français Charles de Gaulle à Toulon. Yannick Auberger via Wikimedia Commons, CC Licence By

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