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Les SMS tuent sur la route

Slate.fr, mis à jour le 01.11.2010 à 12 h 43

Accident de la route Reuters

Accident de la route Reuters

On sait qu’il est dangereux (et interdit) de téléphoner  tout en conduisant un véhicule automobile: cette pratique augmente d’environ 30% le risque de collision. Mais qu’en est-il d’envoyer –ou de lire- des SMS? On ne disposait pas d’éléments bien précis pour répondre à cette question. Tel n’est plus désormais le cas avec la publication des résultats spectaculaires d’une étude publiée dans le numéro de novembre 2010 de l’American Journal of Public Health.

Ce travail est signé par  Fernando A. Wilson et ses collaborateurs de l’école de santé publique de University of North Texas. Objectif: analyser les liens entre les accidents mortels de la route et l’envoi de textos (SMS) en conduisant (résumé seul disponible gratuitement, en anglais). La publication est reprise et analysée sur son blog par le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique.

Les chercheurs ont travaillé à partir des décès dus aux accidents de la circulation automobile aux USA entre 1999 et 2008. Puis ils ont focalisé leur recherche sur les 51.857 décès rapportés comme ayant été causés par une «distraction du conducteur». Principale conclusion: entre 2001 et 2007, la tendance générale de ces décès liés à cette distraction des conducteurs aurait été fortement à la baisse (-60%) si l’explosion de l’utilisation des SMS n’était intervenue entre temps.

Les auteurs estiment qu’il y aurait eu sur les routes nord-américaines plus de 16.000 décès entre 2002 et 2007 pouvant être attribués à l’envoi ou la lecture de SMS en conduisant. Pour le Pr Flahault, il s’agit là de l’émergence d’un véritable problème de santé publique qui prend les autorités  américaines quelque peu au dépourvu. Dans ce pays seuls huit Etats (ainsi que la capitale) ont à ce jour interdit l’utilisation des téléphones portables au volant.

Le parc de téléphones portables est arrivé à quasi-saturation du marché en 2008 (90% des Américains en possèdent un désormais), mais la part de marché des smartphones ne fait qu’augmenter et permet une utilisation additionnelle, hors communication téléphonique. Or si les risques liés à l’utilisation du téléphone en conduisant sont bien reconnus, le conducteur quitte cependant peu la route du regard en téléphonant. «En revanche l’utilisation non téléphonique des smartphones (textos, mais aussi navigation Internet, jeux, voire GPS) requiert du conducteur de détourner durablement son attention de la route, résume le Pr Flahault. Une étude a montré que les conducteurs utilisant un iPod tout en conduisant détournaient leur regard de la route deux fois plus longtemps que les non utilisateurs.»

Portrait robot de la victime américaine: un homme jeune conduisant seul en milieu urbain, parfois sous l’emprise d’une consommation excessive d’alcool. L’accident se produit fréquemment contre un mobilier urbain, un arbre ou une voiture à l’arrêt. La présence d’un passager dans la voiture semble limiter l’utilisation des SMS par le conducteur, soit parce qu’il s’ennuie moins au volant, soit parce que quelqu’un peut relayer ses messages en cas de besoin ou le mettre en garde.

«A ma connaissance, c’est la première étude de ce type réalisée dans le monde, portant sur l’analyse d’une grande série d’accidents mortels de la voie publique dans un pays développé, souligne le Pr Flahault. La transposition d’un tel risque sur les routes de France paraît hautement probable.»

Photo: Accident de la route Reuters

 

 

 

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