Monde

Le «langage secret» des tatouages russes

Temps de lecture : 2 min

Depuis les années 1920, les tatouages sont partie intégrante de la vie des prisons russes. Ils représentent bien plus qu'un soucis esthétique et constituent «un langage secret» pour les prisonniers, explique le Guardian.

Un langage secret qui a été décodé par Danzig Baldaev. Gardien de prison pendant plus de trente ans sous l'URSS et aujourd'hui décédé, son oeuvre a été publiée par Damon Murray et Stephen Sorrell (L'Encyclopédie des tatouages des criminels russes).

Une exposition des tatouages russes décryptés par Baldaev se tiendra le mois prochain à Londres. On se souvient du film Les Promesses de l'Ombre où Viggo Mortensen était couvert de tatouages, lesquels avaient été inspirés par les livres de Baldaev.

Dans une prison russe, un tatouage permettait de connaître les crimes de son compagnon de cellule. Une tête de mort tatouée signifiait qu'il avait assassiné, un chat indiquait qu'il avait volé et si c'était une femme, un pénis révèlait qu'elle s'était prostituée. Quant à ceux qui n'avaient pas avoué leurs crimes, ils arboraient comme tatouage une svastica (croix gammée) qui attestait de leur courage. Le nombre d'étoiles présentes sur le corps représentait le nombre d'années passées en prison et le nombre de coupoles –car souvent, une église orthodoxe était tatouée sur le torse ou le ventre– permettait de connaître le nombre de passages en prison.

Les tatouages indiquaient aussi l'organisation hiérarchique des prisons soviétiques. «Un prisonnier sans tatouage n'avait pas de statut social [dans la prison]», souligne le Guardian.

Gare à celui qui s'attribuait des tatouages non mérités. Ses compagnons de prison se chargeaient de les effacer. Ils pouvaient aussi lui en tatouer d'autres. «Les dessins obscènes étaient tatoués de force sur les homosexuels passifs ou sur ceux qui avaient perdu aux cartes», explique Murray, l'éditeur de Baldaev. Pire, les prisonniers pouvaient être marqués par le symbole d'un triangle avec un coeur à l'intérieur, celui habituellement réservé aux pédophiles. «Porter [ce tatouage] signifiait qu'on était un intouchable, et qu'on devait supporter tous les caprices sexuels des autres prisonniers», précise le Guardian.

Dans les prisons soviétiques, il était courant de voir Khroutchev et/ou Brejnev tatoués dans des postures plus ou moins comiques sur les corps des prisonniers. Pour Murray, «ces caricatures étaient une sorte de bravade», surtout que «tatouer était illégal en prison». Pour pouvoir le faire, les prisonniers faisaient fondre «les talons de leurs bottes avant de les mélanger avec du sang et de l'urine».

Au total, Danzig Baldaev aura passé plus de trente ans dans les prisons à décrypter «le langage secret» des tatouages. Une façon de trouver «du sens au monde dans lequel il vivait», suppose Murray.

Photo: Un prisonnier russe. Photo tirée du livre

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