Monde

Les interrogatoires musclés de l'armée britannique

Slate.fr, mis à jour le 26.10.2010 à 17 h 29

Le titre de une du Guardian de ce mardi est éloquent: «Humilier, déshabiller, menacer - l'interrogatoire à la britannique.» Le quotidien révèle l'existence de documents internes à l'armée britannique détaillant des techniques d'interrogatoire pour le moins brutales. S'il n'emploie pas le mot «torture», The Guardian écrit que ces méthodes semblent entrer en contradiction avec les conventions de Genève.

Ainsi, une présentation PowerPoint créée en septembre 2005 enseigne aux apprentis interrogateurs de déshabiller les prisonniers avant de les questionner. Un document élaboré à la même époque leur conseille de bander les yeux des prisonniers afin de les mettre sous pression.

Un manuel datant d'avril 2008 préconise pour sa part le placement des prisonniers dans des conditions d'inconfort physique et d'intimidation. Il légitime également la privation sensorielle s'il y a «des motifs opérationnels valables».

Des documents plus récents précisent que les bandeaux, les cache-oreilles et les menottes en plastique font partie de l'équipement essentiel des interrogateurs militaires et fixent à seulement quatre heures le temps de soleil ininterrompu qui doit être laissé à un prisonnier, même s'ils préconisent un repos de huit heures toutes les 24 heures. Ils suggèrent également aux interrogateurs de dire à leurs prisonniers qu'ils seront tenus au secret tant qu'ils ne répondront pas à leurs questions.

Les méthodes de «mise en condition» d'un prisonnier avant l'interrogatoire sont particulièrement détaillées. Les documents recommandent ainsi de conduire le prisonnier dans un endroit donnant une impression «désagréable», insonorisé, et conseillent des méthodes permettant de provoquer «l'anxiété», «la peur», ou encore «l'humiliation».

The Guardian rappelle que les conventions de Genève de 1949 interdisent toute «coercition physique ou morale», en particulier lorsqu'il s'agit d'obtenir des informations.

Ces documents sont destinés à la formation de ce que l'armée britannique appelle les «interrogateurs tactiques», chargés de mener les premiers interrogatoires des prisonniers de guerre, ainsi que les fonctionnaires des trois branches de l'armée chargés de mener des «interrogatoires en profondeur».

Le journal précise que ces documents ont été réalisés après la révélation de plusieurs cas d'abus de l'armée britannique en Irak, et notamment la mort de Baha Mousa, un civil irakien torturé à mort par les troupes britanniques à Bassorah, en septembre 2003.

Ces révélations interviennent alors que le ministère de la Défense britannique doit actuellement faire face à de nombreuses accusations concernant son traitement des prisonniers de guerre, rappelle The Independent. La justice examinera en novembre le cas de plus de 100 Irakiens accusant les troupes britanniques de les avoir détenus illégalement et d'avoir commis des abus répétés sur leurs personnes entre 2003 et 2008.

Photo: Première page du Guardian du mardi 26 octobre 2010, crédits The Guardian

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