France

Peut-on vraiment connaître le coût des grèves?

Slate.fr, mis à jour le 26.10.2010 à 10 h 08

Alors que le mouvement contre la réforme des retraites, qui dure depuis plusieurs semaines, va passer un cap crucial avec le vote du texte de loi au Sénat ce mardi 26 octobre et à l’Assemblée le lendemain, les membres du gouvernement commencent à parler du manque à gagner que représentent les grèves et à présenter l’addition.

Selon Christine Lagarde, qui s’exprimait lundi 25 octobre sur Europe 1, elle s’élèverait à «200 à 400 millions d’euros par jour», même si la ministre de l’Economie reconnaissait que tout cela était «difficile à chiffrer». «Ça commence à coûter cher, c'est une crise dont la France n'a pas les moyens de se payer le luxe», a renchéri son homologue du Budget, François Baroin. Les organisations patronales utilisent également l’argument économique pour appeler à la fin du conflit. La Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) a ainsi estimé que «la reprise qui semblait poindre s'éloigne au fur et à mesure que la chienlit s'installe».

Le même jour, le Figaro détaillait l’impact économique du mouvement sur les différents secteurs, notant que les PME étaient les plus touchées. L'Union des industries chimiques chiffre à un milliard le coût total, soit 33 millions d'euros par jour depuis le début du conflit au port de Marseille. Air France estime le coût à 5 millions d’euros par jour, tandis que dans le commerce, on note une baisse des ventes pouvant aller jusqu’à 40%. Dans l’hôtellerie, les grèves et la pénurie d’essence auraient déjà coûté 3% de taux d’occupation.

Peut-on faire confiance aux différentes estimations du coût du mouvement social? Le site 20 Minutes, qui rappelle que le chiffre de 300 millions d’euros en moyenne n’est pas nouveau et avait été utilisé au moment des grèves contre la réforme des régimes spéciaux en 2007, a demandé à Bercy de détailler les éléments pris en compte dans le calcul, qui sont au nombre de quatre: la perte de productivité (heures payées mais non travaillées), la hausse de la consommation de carburant, les problèmes d’approvisionnement et de trésorerie des PME et les pertes de billetterie pour les entreprises de transport. Mais comme le souligne un économiste interrogé par le site, «il est très difficile d’estimer le coût d’une grève et cela ne peut se faire qu’une fois le mouvement terminé».

Et les chiffres sont parfois contradictoires. Le Figaro écrit que le coût du mouvement pour Air France «serait supérieur aux 188 millions provoqués par l'éruption du volcan islandais», tandis que 20 Minutes citait un représentant du groupe quelques jours plus tôt: «c'est toujours de l'argent perdu mais ça n'a rien à voir avec les conséquences du nuage de cendres provoqué par le volcan islandais au début de l'année».

Photo: Des passagers marchent vers l'aéroport d'Orly le 20 octobre, REUTERS/Stringer France 

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