Culture

Jane Austen, nulle en grammaire ou en avance sur son temps?

Slate.fr, mis à jour le 25.10.2010 à 13 h 03

L’écrivain Jane Austen, auteur d’«Orgueil et préjugés», était-elle nulle en ponctuation et avait-elle besoin d’un relecteur tant elle écrivait mal? Ou son style était-il si novateur qu’il a eu besoin d’être repeigné par un éditeur? C’est ce que suggère le professeur Kathryn Sutherland, de l’université d’Oxford, qui a étudié des manuscrits et des lettres jamais publiés de l’une des auteurs les plus encensées du XIXe siècle. Selon elle, le style originel d’Austen, dans ses derniers romans, était en tout cas bien loin de ce qui a été publié. «On considère très généralement que Jane Austen avait un style parfait, a dit l’experte dans des propos rapportés par l’AFP. Son frère Henry avait dit en 1818 dans une phrase célèbre, que “tout ce qui sortait de sa plume était achevé” et les commentateurs continuent à partager cette opinion».

Mais en lisant les manuscrits, assure Sutherland, il devient vite évident que cette «subtile précision est absente». Au point qu’elle était incapable de «maîtriser la règle du “i” devant “e”» (une règle chantée par Jermaine Jackson dans ABC, équivalente de un peu comme notre N se transforme m devant B, P ou M), assure «The Telegraph». «Les manuscrits non publiés de Jane Austen mettent à bas la réputation de perfection de plusieurs manières: on voit des taches, des ratures, du désordre. On voit la création se faire, et dans le cas de Jane Austen, on découvre une manière d'écrire très anti-grammaticale».

Cela veut-il dire, comme le suggèrent certains hâtivement, qu’Austen — dont les romans parlent notamment de la place des femmes dans la société britannique du XIXe siècle — était tellement mauvaise en grammaire ou en orthographe et qu’elle avait eu besoin de faire appel à deux hommes pour devenir l’auteur vénérée qu’elle est aujourd’hui? Pas vraiment.

Pour Sutherland, le style parfait que l’on accole à Austen a été sans doute surestimé mais c’est au détriment de son apport créatif à la littérature. «Sa ponctuation est plus détachée, les textes écrits dans un sentiment d’urgence, et elle faisait quelque chose d’assez expérimental, — créant un style plus proche de la conversation que de la prose bien léchée, se jouant des paragraphes».

Un style qui aurait cassé le classicisme et l'académisme d'alors et que l’éditeur de la romancière, très en avance sur son temps et proche du style de Virginia Woolf, aurait dû «réparer».

Ces manuscrits seront mis en ligne lundi sur http://www.janeausten.ac.uk, fruit d’un travail de numérisation des ouvrages non publiés de l’auteur.

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