Monde

Le Parlement tchétchène attaqué

Temps de lecture : 2 min

Le Parlement tchétchène a été attaqué par un groupe de rebelles ce mardi matin. Selon le président de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, «l'opération de liquidation des combattants et de libération des députés et des employés a duré 15 à 20 minutes».

Grâce à la voiture (volée?) d'un député, les rebelles ont pu s'infiltrer dans la zone sécurisée dans laquelle se trouve le Parlement tchétchène –situé à Grozny. L'un d'eux a fait exploser la ceinture d'explosifs qu'il portait autour du ventre devant l'entrée du bâtiment, permettant à ses complices d'entrer dans le bâtiment, selon le procureur général chargé de l'enquête. Une fois à l'intérieur, les rebelles auraient échangé des tirs avec les forces gouvernementales, près du bureau du porte-parole du Parlement, Dujuvakha Adurakhmanov, qui a aussitôt été évacué.

Difficile cependant de savoir si les rebelles ont été tués par balles ou se sont fait exploser. Le nombre de rebelles impliqués dans l'attaque est lui aussi changeant selon les sources: le New York Times et les forces tchétchènes affirment qu'ils étaient trois, Le Monde qui s'appuie sur les dépêches de l'AFP et de l'AP parle de quatre morts, et cite le porte-parole du président du Parlement, Zelim Iakhikhanov qui, lui, aurait compté jusqu'à cinq rebelles.

Le nombre de victimes –hors kamikazes– reste lui aussi incertain. Selon les autorités tchétchènes, seul le préposé à l'accueil du Parlement et deux gardes de sécurité auraient été tués et 17 personnes blessées. Du côté russe, le média officiel du gouvernement russe, Ria Novosti, se contente d'un vague «quelques morts». Quant à L'AFP, elle annonce huit morts.

Pour les rebelles, l'occasion était parfaite. Non seulement le FSB a publié la semaine dernière les chiffres de rebelles tués en 2010 –et ils sont impressionnants–, mais en plus, le ministre russe de l'Intérieur, Rachid Nourgaliev, était en visite pour parler de sécurité avec Kadyrov. Rabattre à la fois le caquet du gouvernement russe et du président tchétchène... pourquoi hésiter?

Même si la rumeur a couru dans les médias britanniques que des députés du Parlement avaient été pris en otage, Kadyrov a affirmé que «tous les députés sont vivants» ajoutant qu'« [ils] ont été évacués du territoire du Parlement et sont en sécurité». De son côté, Nourgaliev a qualifié les forces tchétchènes de «professionnelles» et a annoncé que «le bandit est presque vaincu». Mais de quel bandit parle-t-il?

Un an auparavant, l'attaque aurait été immédiatement imputée à Doku Umarov, alors leader de la totalité des rebelles nord-caucasiens. Mais celui qui s'est autoproclamé l'Emir du Caucase a perdu depuis plusieurs mois le contrôle de plusieurs de ses militants, rappelle Kommersant. Khusein Gakaev, chef de la fraction rivale de rebelles, serait peut-être le cerveau de l'offensive contre le Parlement tchétchène. Cette attaque est «la plus audacieuse» depuis l'offensive contre Tsentoroï, le quartier général et le village natal de Kadyrov. Selon le Financial Times, cette dernière avait causé la mort de six policiers et avait été menée par Gakaev, dont la tête est aujourd'hui mise à prix pour 10 millions de roubles (environ 240.000 euros).

Pour Alexei Mashenko, un expert de l'islam du Centre Moscovite Carnegie interviewé par Bloomberg, c'est clair, «[Kadyrov] est en train de perdre». Car non seulement Khusein se recentre en Tchétchénie alors que Doku Umarov privilégiait le Daghestan et l'Ingouchie comme terrain d'action, mais en plus, «si [les rebelles] peuvent prendre le Parlement, [ils] peuvent attaquer partout».

Quant à Kadyrov, il a annoncé que la séance parlementaire de l'après-midi aurait lieu.

Photo: MOS01 -20000601- CHECHNYA, RUSSIAN FEDERATION, par Interlude22 sur Picasa (août 2009), License By

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