Monde

Aisha, mutilée par des Afghans et utilisée par les médias américains

Temps de lecture : 2 min

Il y a plus d'un an, Bibi Aisha s'est fait couper les oreilles et le nez par sa belle-famille. Le crime de la jeune Afghane? Elle avait décidé de fuir son mari, qui la soumettait à de mauvais traitements et la forçait à dormir dans l'étable. Recueillie dans un hôpital militaire américain, elle s'est petit à petit remise de ses blessures. C'est là, en pleine convalescence, que l'avait rencontrée la correspondante du Daily Beast à Kaboul. Touchée par l'histoire de la petite Afghane, Gayle Tzemach Lemmon a publié l'un des articles les plus marquants de l'année (dans ce premier article paru en décembre 2009, la jeune fille apparaît de façon anonyme et se prénomme Nadia). Son histoire avait particulièrement ému le public, et neuf mois plus tard, elle arrivait aux Etats-Unis.

Aisha a maintenant 19 ans. Comme le montre la vidéo d'ABC ci-dessous, la jeune fille, grâce à la générosité de plusieurs bienfaiteurs, a pu se faire poser une prothèse nasale (comme celle utilisée au cinéma), dans l'attente d'une opération, et a reçu le Prix du Coeur de l'Endurance en présence de Laura W.Bush – qui en a profité pour rédiger un petit article sur les femmes afghanes.

A l'occasion de ce qui semble enfin être le happy end d'une sale histoire, le Daily Beast a décidé de revenir sur le tremblement de terre qu'a provoqué l'article de Gayle Tzemach Lemmon dans l'opinion publique.

Car la vie mouvementée d'Aisha et son visage mutilé –un trou béant à la place du nez et deux yeux qui se font porte-parole de la douleur des femmes afghanes– ont fait le tour du monde. L'article du Daily Beast a été repris par d'autres magazines et journaux, qui lui ont parfois consacré plusieurs pages d'affilée.

Parmi eux, le Times Magazine avait mis son portrait en une. «Le titre de la couverture du Times était “Ce qu'il se passera si nous quittons l'Afghanistan”», rappelle le Daily Beast. Pour Malalai Joya –femme politique et défenseure des droits de la femme afghane–, interviewée par France24, le Times a surtout transformé Bibi Aisha en «faux slogan» en plein débat sur la présence de l'armée américaine en Afghanistan et ce, juste après les révélations de Wikileaks.

«Plusieurs autres écrivains et blogueurs ont accusé le titre de la couverture du Times d'être de la pure propagande de guerre, soulignant que ce genre de crimes [la mutilation des femmes afghanes] continueront probablement, que les troupes étrangères restent ou quittent l'Afghanistan», écrit France24.

Mais comme le signale Gayle Temzach Lemmon du Daily Beast, Aisha n'est pas seulement un énième élément d'un débat. Elle est surtout «un rappel pour chacun de la gravité des conséquences pour les femmes afghanes si personne ne les aide».

Photo: Bibi Aisha / Capture d'écran

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