Monde

Arrivederci Italia: la fuite des cerveaux italiens

Slate.fr, mis à jour le 11.10.2010 à 14 h 29

Stop brain drain

Stop brain drain

Le 30 novembre 2009, le directeur général de la Luiss (Libre université internationale des études sociales), l'une des universités italiennes les plus réputées, publie une lettre dans le quotidien la Repubblica, intitulée: «Mon fils, quitte ce pays». Tout un programme: dans un ton mélodramatique, Pier Luigi Celli conseille à son fils de quitter son pays natal, «un pays qui ne te mérite pas». La lettre ne passe pas inaperçue, et suscite des débats. Il n'en reste pas moins qu'elle touche une corde sensible: la fuite des jeunes cerveaux italiens, une fuite sur laquelle revient longuement un article du Time.

L'Italie est un pays d'émigration, et les raisons du départ n'ont pas changé depuis la vague de migrants du siècle dernier qui partaient faire fortune à l'étranger. «Sauf que cette fois, il ne s'agit plus de paysans et travailleurs manuels qui envahissent les bateux à vapeur en direction de New York, lit-on sur le site du magazine américain. L'Italie est en train de perdre les plus intelligents et les meilleurs de ses élèves, à cause d'une décennie de stagnation économique, un marché du travail figé, et un système de népotisme et clientélisme très enraciné.»

L'Italie ne tient pas le compte des jeunes professionnels qui partent faire fortune à l'étranger. Mais de nombreux chiffres prouvent qu'ils sont de plus en plus nombreux. Ainsi, le nombre d'Italiens entre 25 et 39 ans possédant un diplôme universitaire et qui déclarent vivre à l'étranger est en augmentation constante, de 2.540 en 1999, à environ 4.000 in 2008. L'institut de recherche Censis estime que 11.700 diplômés de l'université ont trouvé un travail à l'étranger en 2006, ce qui représente un Italien sur 25 parmi ceux qui ont obtenu un diplôme cette année. Et d'après un sondage réalisé par Bachelor, une agence de recrutement milanaise, 33,6% des nouveaux diplômés ressentent le besoin de quitter l'Italie pour pouvoir profiter de leur diplôme. Un an plus tard, 61,5% estiment qu'ils auraient dû quitter le pays. Enfin, le quotidien la Repubblica a publié, début octobre, un questionnaire à l'avis des Italiens qui vivent à l'étranger. Les résultats sont frappants: plus de 19.000 réponses au questionnaire, deux tiers des participants sont des hommes, seulement 10% ont plus de 45 ans, et la plupart sont partis pour des raisons professionnelles.

Les raisons de cette fuite des cerveux sont faciles à détecter, explique le Time. Les problèmes de l'économie italienne pèsent sur les épaules de la jeunesse. D'après les chiffres publiés en mai par l'Institut national des statistiques, 30% des Italiens âgés de 30 à 34 ans vivent toujours chez leurs parents, un chiffre trois fois supérieur à celui de 1983. Un jeune sur cinq entre 15 et 29 ans a tout laissé tomber: pas d'études, pas de formation, pas de travail. Ainsi le taux de chômage parmi les jeunes diplômés entre 25 et 29 ans est de 14%, plus que le double par rapport à la moyenne européenne.

Photo: stop brain drain, theps.net via Flickr CC License By
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