Monde

L'armée américaine brûle 10.000 exemplaires d'un livre

Slate.fr, mis à jour le 27.09.2010 à 16 h 17

Le département de la Défense américain a acheté puis mis le feu à une dizaine de milliers d'exemplaires d'un livre écrit par un militaire de réserve, rapporte CNN. L'armée affirme avoir mis au bûcher Operation Dark Heart («Opération Coeur Sombre»), les mémoires du Lieutenant Colonel Anthony Shaffer, parce que le livre «contenait des informations qui pourraient mettre en danger la sécurité nationale». Dans ses mémoires, Anthony Shaffer raconte son passage en Afghanistan, quand il dirigeait une équipe d'opérations secrètes sous l'administration Bush.

9.500 exemplaires du livre ont ainsi été incendiés le lundi 20 septembre, tandis que la maison d'édition a sorti en deuxième impression de nouveaux exemplaires en tenant compte des demandes du gouvernement: certains mots, noms, voire paragraphes, ont été barrés de noir dans cette nouvelle version car il s'agirait d'informations «classifiées» selon l'armée. Une des premières lignes du livre est ainsi désormais: «Me voilà en Afghanistan (censuré). Mon boulot: gérer les opérations de l'Agence du renseignement pour la défense à (censuré), le centre des opérations américaines du pays.»

L'auteur du livre a effectué ces modifications tout en regrettant la mise à feu des premiers manuscrits:

«Tout ce procédé sent les représailles. Quelqu'un qui achète 10.000 livres pour étouffer une affaire dans cette ère numérique est grotesque.»

D'ailleurs on trouve un exemplaire du livre non censuré en vente sur eBay pour 1.995,95$ (1.484,74 euros). Plus dangereux pour le Département de la défense, Wikileaks, l'organisation qui a mis en ligne plus de 91.000 documents militaires sur la guerre en Afghanistan fin juillet, affirme s'être également procuré un exemplaire de cette première version, dans un tweet qui lit «Brûlez tous les livres que vous voulez, punks nazis. On a déjà un exemplaire.»

Le département de la Défense estime que le manuscript parlait d'activités secrètes des opérations spéciales américaines, de la CIA et de l'agence nationale de sécurité. Pourtant, l'avocat de Shaffer soutient que les supérieurs de l'auteur ont lu le livre avant sa publication et lui ont donné leur feu vert.

Pour le Pentagone, Shaffer n'a pas demandé d'autorisation aux bonnes personnes:

«Il a bien obtenu l'accord de l'Armée en Réserve, mais pas de l'Armée dans sa totalité ni du département de la Défense, donc il n'a pas rempli les conditions des régulations du département de la Défense en termes de sécurité.»

Le département de la Défense a dit être en train de rembourser la maison d'édition pour les coûts de la première impression et n'avoir pas acheté d'exemplaires de la version réécrite. Quant à Anthony Shaffer, il n'oublie pas l'action de l'armée sur cette nouvelle version, comme le montre la rubrique «Détails sur le produit» de son livre sur Amazon.fr:

«Bien que je ne sois pas d'accord avec les corrections, les censures du département de la Défense augmentent la compréhension du lecteur en attirant son attention sur les résultats défectueux que crée une bureaucracie du renseignement militaire désorganisée et qui a la main lourde.»

A LIRE SUR SLATE: Comment brûler un livre?

Photo: Autodafé. Mikael Altemark via Flickr, license CC

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