France

L'interview de Woerth corrigée par l'Elysée

Slate.fr, mis à jour le 21.09.2010 à 10 h 29

Le Parisien-Aujourd’hui en France publie ce mardi 21 septembre une interview très attendue du ministre du Travail, Eric Woerth, où ce dernier annonce de «nouvelles pistes sur lesquelles travaille le gouvernement» sur le dossier des retraites. A deux jours d’une nouvelle journée de mobilisation des syndicats et alors que le texte de la réforme des retraites sera examiné au Sénat à partir du 5 octobre, le moment est crucial pour le gouvernement et la majorité. Tellement crucial que l’Elysée semble avoir eu son mot à dire sur les propos du ministre publiés dans le quotidien, comme le rapporte Philippe Lefébure dans son émission économique quotidienne sur France Inter.

Le journaliste s’est en effet amusé avec «un jeu des sept erreurs» entre la version de l’interview envoyée aux agences de presse lundi 20 septembre et celle publiée par le journal le lendemain. La phrase «le gouvernement est prêt à augmenter le nombre de personnes handicapées pouvant bénéficier d'une préretraite» a été transformée dans la version finale en «le président de la République souhaite augmenter le nombre de personnes handicapées pouvant bénéficier d’un régime de départ anticipé à la retraite». Si le sens de la phrase n’est pas fondamentalement changé, cette modification donne des indices quant à l’identité du relecteur, comme le souligne Philippe Lefébure: «On peut en déduire, que c'est, donc, à l'Elysée que le texte a été relu. Réécrit. Et, donc, adoucit.»

Ainsi, l’écart de salaire entre hommes et femmes passe du statut de «discrimination» dans la bouche d’Eric Woerth à celui de «différence» dans celle de son relecteur. Ici, c’est bien le sens de la phrase qui est changé. Autre modification d’importance, au sujet des «bornes d’âge» (le passage à 62 ans de l’âge de la retraite et à 67 ans de l’âge d’annulation de la décote), qui étaient dans la première version «non-négociables», deviennent «essentielles à l’équilibre du système : elles ne peuvent pas être modifiées car cela signifierait que nous renonçons à payer les retraites dans les années qui viennent.»

Heureusement, Eric Woerth et l’Elysée ont accordé leurs violons sur un point important, qui n’a pas été modifié d’une version à l’autre. A la question «resterez-vous au gouvernement?» après le remaniement, le ministre a répondu:

«La décision ne m’appartient pas mais je le souhaite. Bien sûr. Pour deux raisons. La première est que je considère qu’il n’y a pas d'“affaire Woerth”. On a beau depuis quatre mois salir mon nom et celui de ma famille, j’ai la conscience tranquille. Le matin, je peux me regarder dans la glace. La seconde raison est que je bénéficie du soutien du président de la République.»

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Photo: Eric Woerth, Jacky Naegelen / Reuters

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