France

Woerth traite une députée de «collabo»

Slate.fr, mis à jour le 15.09.2010 à 19 h 12

Eric Woerth à l'Assemblée nationale le 4 mai 2010. REUTERS/Charles Platia

Eric Woerth à l'Assemblée nationale le 4 mai 2010. REUTERS/Charles Platiau

Il s'en passe de bien belles à l'Assemblée nationale à 6h du matin. Mercredi 15 septembre au petit matin, après une quinzaine d'heure de débats, Eric Woerth a traité la députée PS Catherine Coutelle de «collabo». L'incident avait été immédiatement dénoncé par le député socialiste Christian Eckert sur son blog, mais on pensait qu'il ne pourrait jamais en apporter la preuve.

Les invectives à l'Assemblée ne figurent au compte-rendu que si les personnes chargées de transcrire les textes en bas de la tribune les ont entendu bien distinctement. Quant aux caméras qui filment tous les débats, elles n'enregistrent que l'interlocuteur qui a la parole et ratent ainsi tous les jurons de l'hémicycle. Miracle, cette fois-ci, le mot d'Eric Woerth figure bien au compte-rendu publié sur le site de l'Assemblée. En voici la transcription:

Mme Catherine Coutelle. Monsieur le ministre, vous nous avez plutôt habitués à mentir. Chez vous, cela semble être une seconde nature, voire votre nature. (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Denis Jacquat, rapporteur. De tels propos sont inadmissibles !

M. Éric Woerth, ministre du travail. Qui êtes-vous, madame Coutelle, pour dire cela ? Quel état d’esprit scandaleux !

Mme Catherine Coutelle. Dans le cadre d’une interview accordée au grand rendez-vous Europe 1, vous avez déclaré, le 12 septembre dernier que la réforme des retraites était une avancée extraordinaire pour les femmes.

Je laisse à vos collègues, qui ont tenté de déposer des amendements que vous avez tous refusés, le soin de savoir si cette réforme constitue une avancée extraordinaire pour les femmes.

M. Éric Woerth, ministre du travail. Collabo !

M. Christian Eckert. Monsieur le ministre, vous avez traité Mme Coutelle de collabo. C’est honteux !

M. Éric Woerth, ministre du travail. Et alors ? Et vous, vous ne valez pas mieux !

A l'issue de l'incident, Christian Eckert a pris la parole pour un «rappel au règlement», une manoeuvre traditionnelle quand les débats s'enveniment à l'Assemblée:

«Monsieur le ministre, à cette heure matinale et après de longs débats, je souhaite faire un constat. Certes, nombre d’entre nous sont fatigués. Néanmoins cela n’autorise pas les dérapages verbaux. [...] J’ai entendu les propos que vous avez adressés à l’encontre de Mme Catherine Coutelle. [...] Vous représentez ici le Gouvernement. Traiter une collègue de “collabo” n’est pas correct, mais nous ne souhaitons pas faire un incident majeur. Vous m’avez également dit que je ne valais pas mieux ; je le prends comme tel. Il serait souhaitable que ces propos figurent au compte rendu, à moins que vous ne les démentiez ou que vous ne présentiez des excuses à Mme Coutelle dans le calme et la tranquillité, tout en souhaitant que l’on évite à l’avenir ce genre de propos.»

Photo: Eric Woerth à l'Assemblée nationale le 4 mai 2010. REUTERS/Charles Platiau

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte