Monde

Quand la Russie se sert de Microsoft pour faire taire ses opposants

Slate.fr, mis à jour le 13.09.2010 à 14 h 33

Photo via ginneroboyt / Flickr CC License by

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En janvier 2010, le Premier ministre russe Vladimir Poutine a décidé de remettre en service une usine de production de papier fermée depuis deux ans et située aux abords du lac Baïkal, en Sibérie. Celle-ci, qui emploie 2.000 personnes dans la région, est accusée par certains groupes écologistes de déverser des produits toxiques dans ce réservoir naturel qui détient 20% des réserves d’eau douce de la planète.

Parmi ces associations, Baïkal Wave, qui se bat depuis des mois pour la fermeture de cette industrie, a été victime d’une désagréable surprise au début de l’année. Le New York Times révèle ainsi que les bureaux de cette ONG ont été perquisitionnés et les ordinateurs confisqués par la police... afin de vérifier que leurs logiciels Microsoft étaient bien authentiques. Le quotidien américain explique:

«Un peu partout en Russie, les services de sécurité du pays conduisent depuis quelques années des descentes similaires contre des journaux ou des groupes d’opposants. Les responsables de ces enquêtes justifient leur action par la lutte contre le piratage de logiciels, qui est endémique en Russie. Les publications et associations qui soutiennent le gouvernement sont pourtant épargnées par ces mesures.»

Baïkal Wave, au courant de ces méthodes, s’était préparé à l’éventualité d’une telle intervention en étant en règle vis-à-vis du fabriquant américain. Mais les autorités n’ont pas jugé utile de vérifier la légalité de leur licence sur place et ont préféré retenir les ordinateurs de l’ONG pendant cinq mois. Pour Galina Kulebyakina, co-directrice de l’organisation:

«La police n’avait qu’un objectif: nous empêcher de travailler.»

Pour le New York Times, la police a cherché à donner du poids à ces perquisitions en sollicitant l’aide d’avocats de Microsoft. Le ministre de l’Intérieur a même fait état d’une enquête «lancée à la demande d’un avocat» de la firme. Selon le rédacteur d’un journal d’opposition perquisitionné dans la ville de Samara, «sans la participation de Microsoft, ces procès contre des défenseurs des droits de l’homme ou des journalistes ne pourraient simplement pas avoir lieu».

A la suite des critiques du journal américain, la firme s'est fendue d'un communiqué. Le directeur chargé des affaires publiques de Microsoft, Kevin Kutz y déclare:

«Nous devons protéger nos produits du piratage, mais nous nous engageons également à respecter les droits fondamentaux de l’homme. [...] La politique anti-piratage de Microsoft consiste à honorer ces deux objectifs, et nous sommes attentifs aux remarques qui nous permettraient d’améliorer notre action.»

L’entreprise a par ailleurs annoncé avoir mis en place un programme fournissant des logiciels à bas prix pour les associations et publications russes désirant se mettre en conformité avec la loi.

L’histoire a en tout cas permis à certains blogueurs d’évoquer une solution à ces enquêtes polémiques. Pour le journaliste londonien Glyn Moody:

«Il y a une solution simple à tout ceci: l’utilisation de logiciels libres. Avec ça, pas besoin d’autocollants prouvant l’authenticité de votre licence, et les autorités ne peuvent pas vous reprocher de vous en servir. En effet, étant donné la plus grande sécurité de ce type de logiciels, je ne comprends pas pourquoi les groupes de défense des droits de l’homme ne les installent pas par défaut. Espérons qu’ils tirent les leçons de ces expériences terribles et passent bientôt au libre. Pour eux, et pour le futur du lac Baïkal.»

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