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Google filtre en temps réel

Slate.fr, mis à jour le 14.09.2010 à 9 h 56

Les suggestions de recherche sur Google, créées pour faire gagner du temps à l’internaute curieux, traînent depuis un certain temps une réputation sulfureuse. Lors d’une requête concernant une personne publique, celle-ci est ainsi souvent associée au terme «juif». Les mots «arabes» ou «noirs» sont également accolés à certains clichés racistes difficilement justifiables.

Pas de quoi hurler au scandale pour le géant du web, qui se défend en expliquant qu’aucun «humain» n’intervient dans ces propositions: celles-ci sont déterminées uniquement par un algorithme ne prenant en compte que des critères «objectifs». Si certains résultats sont surprenants, Google n’y est absolument pour rien, c’est promis:

«Les requêtes de recherche renvoyées par la saisie semi-automatique reflètent les activités de recherche de l'ensemble des internautes. À l'image de ce que vous pouvez trouver sur le Web, les requêtes peuvent parfois contenir des termes ou des expressions loufoques, étranges ou surprenants. Nous nous efforçons en permanence de présenter, de manière neutre et objective, toute la diversité du contenu disponible sur Internet (certaines informations étant satisfaisantes et d'autres inappropriées). Pour autant, nous appliquons également des règles strictes s'agissant des contenus pornographiques, violents ou incitant à la haine.»

Ces fameuses règles sont pourtant parfois imposées à l’entreprise. Fin 2009, la cour d’appel de Paris avait ainsi condamné Google à retirer de ses suggestions le mot «arnaque» associé à la marque Direct Énergie.

Avec le lancement mercredi dernier de Google Instant, qui affiche en temps réel les résultats d’une recherche à mesure que celle-ci est tapée, la contradiction entourant ce sujet apparaît plus frappante encore. En théorie, tout fonctionne. Même Bob Dylan adore:

Par souci de masquer les contenus inappropriés aux plus jeunes, certaines pages restent désespérément vides lorsque l’on tape les premières lettres d’un terme un rien coquin. Si l’envie vous prend de rechercher le nom du site de nos confrères de Youphil, il faudra attendre la lettre «H» avant d’être servi, «Y-O-U-P» étant souvent recherché pour accéder à un célèbre site pornographique.

Comme le repère le professeur de linguistique Jean Véronis sur son blog, ce voile pudique ne concerne toutefois pas les requêtes douteuses: la requête «les juifs sont» affiche encore des résultats liés aux mots «radins», «riches», «méchants» et «moche». Détail étrange: la version américaine du moteur de recherche censure ce type d’amalgalme.

Face à la recrudescence des critiques sur le sujet, Google a tenu à réagir lundi 13 septembre en contactant l'AFP. Sans surprise, l'entreprise explique ne pas intervenir dans les résultats proposés aux internautes: 

«Il ne s'agit pas de suggestions faites par Google, mais d'une agrégation des requêtes les plus populaires. [...] Tout comme sur le Web, les résultats des requêtes présentées peuvent inclure des termes et des phrases absurdes, étranges, choquantes ou surprenantes

La porte-parole de Google ajoute pourtant que le moteur de recherche applique une politique de «retrait pour les contenus pornographiques, violents ou haineux». Et de signaler l'adresse de la page dédiée aux signalements d'abus.

Si le message est parvenu aux oreilles du géant américain, les résultats se font toujours attendre. Comme le remarque Jean Véronis, tant que les utilisateurs ne signaleront pas massivement ces suggestions nauséabondes, les juifs seront toujours radins sur Google...

Photo: capture d'écran

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