Monde

Le scandale du «gène juif» divise l'Allemagne

Slate.fr, mis à jour le 09.09.2010 à 9 h 52

Il y a deux semaines, Thilo Sarrazin, un membre du conseil d’administration de la banque centrale allemande, a choqué l’opinion publique de son pays en publiant un livre sur l’immigration. Des critiques l’ont accusé de nazisme et un débat a éclaté sur une question délicate: les accusations de racisme sont-elles assez pour lui coûter son poste.

Dans ce livre, L’Allemagne court à sa perte, le membre de la Bundesbank spécule sur un «gène spécifique» que «partagent tous les juifs» et soutient que les immigrés non-éduqués rendent l’Allemagne «stupide». Il affirme également que les étrangers constitueront la majorité de la population allemande avant la fin du siècle et tient les immigrés pour responsables de vagues de violences.

Les réactions au livre sont arrivées en trois étapes, rapporte le Spiegel: d’abord, il y a eu «la critique à la limite de la révulsion» (la chancelière Angela Merkel s’est prononcée contre le livre avant même que celui-ci atterrisse en librairie), puis la prise de conscience que beaucoup de personnes sont d’accord avec lui. La troisième vague est arrivée la semaine dernière, quand «des politiques [ont commencé] à réclamer que l’élite politique cesse d’ignorer le fait que beaucoup d’Allemands soutiennent Sarrazin».

Mais malgré le nouveau surnom de Sarrazin, «le Nazi en velours», et le retour de feu médiatique, l’opinion publique semble plus intéressée par les discussions sur l’immigration que par les chamailleries autour du racisme, rapporte Stefan Theil pour Newsweek:

«L’establishment politique et médiatique allemand semble plus enclin que d’autres au politiquement correct, ce qui entraîne des débats éculés autour de ce qu’il est permis de dire ou non sur un sujet plutôt que des débats sur les problèmes eux-mêmes

Malgré tout, Sarrazin reste dans une situation délicate: il est sous protection policière depuis le lundi 6 septembre et attend toujours de savoir si le président allemand Christian Wulff va le relever de ses fonctions. Même si la Bundesbank a demandé à Wulff de licencier Sarrazin, les experts légaux estiment que cela ne sera pas chose facile à cause de l’autonomie de la banque centrale.

«Seule une transgression grave peut justifier le licenciement d’un membre du conseil d’administration, explique le professeur de droit Ulrich Haede à Bloomberg. Je ne suis pas sûr que nous soyons en présence d’un tel cas.» Sarrazin a déclaré qu’il est prêt à aller devant la justice pour garder son poste, et les experts estiment qu’un procès pourrait durer des années. «Chaque individu a ses limites de performance. Et j’ai atteint ces limites quand… je n’ai pas réalisé la nature explosive de cette phrase, qui allait entraîner ma perte», a confié Sarrazin au Spiegel.

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Photo: Sarrazin lors de la présentation de son livre à Berlin le 30 août 2010, REUTERS/Fabrizio Bensch 

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