France

Louis XIV et Napoléon zappés des cours d'histoire?

Slate.fr, mis à jour le 07.09.2010 à 10 h 53

Napoléon Bonaparte, chef des armées, tableau de Jacques-Louis David

Napoléon Bonaparte, chef des armées, tableau de Jacques-Louis David

Louis XIV et Napoélon seraient-ils réduits à la portion congrue dans les nouveaux programmes d'histoire au collège? C'est la polémique qui court depuis le début de l'été et qui explose logiquement à la rentrée. Tout part d'un texte de l'historien Dimitri Casali, spécialiste de Napoléon, qui prétend soulever un lièvre: on laisse de côté les grandes figures de l'histoire de France pour donner de la place à l'étude de civilisations africaines:

«François Ier, Henri IV, Louis XIV et Napoléon vont être réduits à leur plus simple expression dans les programmes de l’année prochaine au profit des empires africains Songhaï et du Monomotapa! Cette décision officielle a été prise cette année au nom de “l’ouverture aux autres civilisations de notre monde” et n’a pour l’instant été que très peu ébruitée [...] Pire encore, le programme donne la possibilité de traiter la période de la Révolution uniquement jusqu’en 1799. Libre alors au professeur de s’abstenir totalement d’évoquer le Consulat et l’Empire;de 1799 à 1815, éludant ainsi de nombreux évènements fondamentaux de notre histoire!»

Le texte est envoyé aux médias par un certain Benoit Crespin, étudiant en communication et membre de la droite universitaire. Il a créé également un groupe Facebook intitulé Notre histoire forge notre avenir réunissant 5.800 personnes.

L'offensive médiatique finit par payer. Le 26 août, sur Europe 1, Nicolas Demorand interviewe l'historien Max Gallo sur le sujet:

«Les intentions sont nobles, louables. Il faut connaître les civilisations qui ne sont pas les nôtres, avec lesquelles nous avons été en contact, parfois des contacts brutaux comme la colonisation. Il est juste que les jeunes Français issus par leur famille de ces régions du monde aspirent à le connaître. Mais à voir trop large, on ne voit plus rien. Une société amnésique n'a pas de valeurs.»

 

Luc Cédelle, journaliste au Monde spécialisé dans les questions liées à l'éducation, recentre le débat sur son blog. Pour avoir étudié les programmes en détails, il l'assure: «Le Roi-Soleil et l’Empereur sont toujours là, dans les programmes de notre cher vieux pays.»

«Le programme de 4e, donc, comporte trois parties: “L’Europe et le monde au 18e siècle” (il est indiqué que cela doit correspondre à environ 25% du temps consacré à l’histoire); “La Révolution et l’Empire” (25% également) et “Le 19e siècle” (50%). A noter que la première partie comprend, parmi ses 4 thèmes, “les traites négrières et l’esclavage”, ce qui ne plaît guère aux pétitionnaires de droite et pas plus aux victimaires du colonialisme qui n’apprécient pas que l’on parle des traites au pluriel. On se doute qu’avec son titre et un quart du temps d’enseignement, la deuxième partie ne risque guère d’occulter ni le personnage de Napoléon ni les événements auxquels son nom est associé.»

Luc Cédelle revient sur le désormais fameux Monomotapa, accusé injustement d'avoir chassé Napoléon des manuels scolaires.

«Le Monomotapa [...]; était, de 1450 à 1629, un empire médiéval situé sur les territoires actuels du Zimbabwe et du Mozambique. Un empire médiéval, oui, oui. Merci aux polémistes n’gaulois: nous aurions pu, pauvres obscurantistes, continuer à l’ignorer. Au fait, qui a dit, le 26 juillet 2007 à Dakar, que “le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire”? D’où l’utilité, parfois, de faire évoluer les programmes scolaires…»

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