Monde

Cellules souches: entre science et religion

Slate.fr, mis à jour le 06.09.2010 à 18 h 58

Le 23 août dernier, la politique de Barack Obama en matière de recherche sur les cellules souches embryonnaires, un de ses grands thèmes de campagne, a reçu un coup d’arrêt spectaculaire: le juge fédéral du district de Columbia Royce C. Lamberth a pris la décision de suspendre le financement public de la recherche dans ce domaine, menaçant de nombreux travaux scientifiques actuellement en cours.

Le sujet est hautement politique aux Etats-Unis, et symbolise l’affrontement idéologique entre la science et la religion: les associations chrétiennes dénoncent le fait qu’il faut détruire des embryons humains pour pouvoir prélever des cellules souches embryonnaires, tandis qu’une grande partie de la communauté scientifique y voit un domaine de recherche très prometteur pour la guérison de nombreuses maladies.

En 2001, George W. Bush annonçait lors de sa première intervention télévisée en prime-time l’interdiction du financement public de la recherche sur ces cellules souches pour des raisons morales et religieuses. Mais dès son investiture, Obama avait révisé cette politique et pris la décision de permettre la recherche sur les cellules déjà prélevées qui pourra être soutenue par des fonds publics, en maintenant l’interdiction de financer avec de l’argent public le prélèvement de nouvelles cellules souches. Avec la décision du 23 août, cette révision est elle-même annulée: la recherche sur les cellules déjà prélevées ne pourra plus profiter de financements publics.

Au-delà de cette décision, le New Yorker consacre un long article de six pages à un acteur clé du débat, au profil atypique: Francis Collins, l’homme nommé l’année dernière par Obama à la tête du National Institutes of Health (NIH), l’organisme qui gère et attribue les sommes colossales investies par le gouvernement dans la recherche biomédicale. Une nomination hautement polémique qui a suscité l’indignation de beaucoup de scientifiques dans le monde, non pas à cause des compétences de l’intéressé, mais plutôt de ses convictions. Francis Collins est en effet un fervent chrétien évangélique, et a notamment écrit un livre sur les preuves scientifiques de l’existence de Dieu.

Le New Yorker retrace le parcours passionnant de cet homme, qui fut un temps un athée radical, avant de se rallier à Dieu tout en devenant un éminent scientifique, et de se faire aujourd’hui le défenseur de l’harmonie entre la religion et la science:

«Avant de jouer un rôle central dans la décision de l'administration Obama sur les cellules souches, Collins a été tiraillé par les questions éthiques posées par de telles recherches. Il est en effet un opposant de longue date à la création d'embryons pour la recherche, qu'il considère comme de la vie potentielle, même s'il pense qu'il est impossible de déterminer scientifiquement le moment précis où la vie commence. Mais Collins estime également que c'est un gâchis moral que de ne pas tirer avantage des centaines de milliers d'embryons crées pour la fécondation in-vitro qui seront de toute façon détruits.»

Le magazine américain effectue également un tour d’horizon complet de la question des cellules souches, avec notamment un rappel des avancées sur les cellules souches adultes –qui permettent de ne pas tuer d’embryons–, mais aussi les critiques de certains scientifiques, qui estiment que la recherche sur les cellules souches n’a jusqu’ici pas été à la hauteur des énormes espoirs qu’elle a suscités.

Photo: New religions / Masked Malayan via Flickr CC License by

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