Monde

La SNCF rattrapée par la Seconde Guerre mondiale

Slate.fr, mis à jour le 02.09.2010 à 12 h 31

Alors qu'elle s'apprête à répondre à plusieurs appels d'offres pour l'exploitation de lignes ferroviaires à grande vitesse aux Etats-Unis, la SNCF fait face à un obstacle imprévu. Des survivants de la Shoah lui demandent des explications sur son rôle dans la déportation des juifs vers les camps nazis entre 1940 et 1944, rapporte l'Associated Press.

Les premières contestations sont venues de Californie, où la SNCF est en lice pour le contrat de la future ligne entre Sacramento et San Diego, un contrat estimé à 45 milliards de dollars. Le Parlement californien a voté le 25 août une loi obligeant toute compagnie candidate à s'expliquer sur son rôle éventuel dans le transport des victimes vers les camps de concentration et à détailler les mesures de réparation adoptées. La loi concerne officiellement toutes les compagnies, mais la SNCF est clairement visée, comme l'explique le Financial Times:

«Le démocrate Bob Blumenfield, qui a proposé la loi, a déclaré que la SNCF était un cas à part par rapport aux autres compagnies, y compris les sociétés allemandes qui devraient concourir, car elle n'a pas reconnu sa responsabilité pour son rôle direct dans l'Holocauste ou été reconnue responsable par une cour de justice.»

En Floride, où la SNCF s'apprête également à répondre à un appel d'offres, des survivants de la Shoah sont aussi montés au créneau, demandant à la compagnie française de s'excuser officiellement pour son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale, de rendre accessibles ses archives et de prévoir des indemnisations. L'une des leaders de ce mouvement est Rosette Goldstein, une habitante de Floride dont le père a été arrêté par les autorités françaises et déporté pendant la guerre:

«Pourquoi cette compagnie mériterait-elle mes impôts alors qu'elle a coopéré avec les nazis et laissé ses trains transporter des personnes pour qu'elles soient assassinées?»

Le PDG de la SNCF, Guillaume Pépy, a réagi à cette affaire dimanche sur Europe 1, indiquant que la compagnie était disposée à ouvrir ses archives aux Américains. Il a aussi rappelé que «la SNCF, les cheminots, étaients sous le joug de l'occupant nazi, sous menace de mort» et que «2.000 cheminots ont été exécutés par l'occupant nazi». Ces propos ont été relayés par les porte-parole de l'entreprise aux Etats-Unis.

En France, malgré le travail de clarification effectué par le chercheur Christian Bachelier en 1996, la participation de la SNCF à la déportation suscite encore la polémique. Le Monde rappelle ainsi que l'ancien député européen Alain Lipietz a attaqué la compagnie en justice pour la déportation de son père vers le camp de Drancy en mai 1944. Il attend toujours des «excuses», jugeant que la SNCF a «un problème de vérité» sur son rôle dans la déportation.

Photo: Un TGV de la SNCF à la gare du Nord. Phil Scott via Wikimedia Commons, license CC

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte